Pauvre conne

anne geddes

Anne Geddes

« Pauvre conne »
Ce sont les mots employés par Laurent Santi – un des mes contacts Facebook les plus savoureusement caustiques – pour résumer la stupidité sans fond d’un article paru dans le Huffington Post Québec.
Laconique et cinglant à souhait, c’est en courant que je m’en fus voir de quoi il retournait. Tu penses bien.
Je ne vais pas être déçue.

Le billet s’intitule « T’as pas d’enfant, tu m’en dois une ! » et est écrit par Bianca Longpré « Blogueuse ici, maman là-bas, productrice entre les deux »
Tu le sens venir le petit rototo de lait caillé ?
Bianca souffre d’un trop plein de bonheur. Depuis qu’elle est née dit-elle, elle ne cesse de recevoir des pelletées d’amour, de câlins, d’attention, ça déborde de tous les côtés. Et pour ne rien arranger à ce tsunami de miel et de guimauve, Bianca aujourd’hui adulte, peut se targuer de posséder une santé de fer, un « belle job », une situation confortable, des amis fidèles et bienveillants et, cerise sur la pièce-montée, un « chum » (mec) charmant et plus que dévoué.
On nage en plein chocolat viennois.
Et Bianca n’en finit plus de nous balancer toute sa chance inouïe en pleine gueule avec l’élégance d’un américain qui boufferait un Paris-Brest devant une flopée de petits somaliens.
Cependant, n’allez pas croire que madame subit passivement tous ces assauts de joie de vivre, d’éclats de rire et de conviviales raclettes, n’allez pas croire qu’elle a baissé les bras et se contente de se prélasser dans cette existence faite de soie et tissée de fil d’or.
Non.
Madame cogite et elle a des choses à dire.
Quelques petites réclamations à faire aussi.

Bianca a bien conscience que garder égoïstement tout ce bonheur pour elle, c’est un peu indécent et va donc réfléchir à la meilleure façon d’en redistribuer une partie autour d’elle. Comment ? En allant servir des soupes chaudes aux clochards de sa ville ? En tricotant des moufles pour les nécessiteux du Bangladesh ? En parrainant une petite sénégalaise ?
Absolument pas.
La seule et unique façon selon Miss Longpré de partager, de donner de son cœur et sa personne, c’est de faire des mômes. La générosité d’une personne ne peut s’exprimer QUE dans la procréation. Et c’est la raison pour laquelle elle a décidé de se transformer en pondeuse semi-industrielle.
Patience, le feu d’artifice de la connerie ne fait que commencer et la maman-blogueuse-productrice-d’ici-là-bas ne compte pas se limiter à son point de vue personnel, elle a un message universel à faire passer ;
Elle assène alors, toute pleine d’une confiance qui confine à l’arrogance (quatre mioches au compteur, ça en impose vous en conviendrez) « Pourquoi des gens décident de tout garder pour eux ? De ne pas partager et redonner à la prochaine génération ? On ne parle pas d’aller au cinéma avec un neveu là. On parle d’avoir des enfants. De redonner pour vrai.» avant de persister, la bêtise crasse en roues libres « Je crois que l’égoïsme est ce qui se cache derrière les gens sans enfant. L’égoïsme et la peur des responsabilités. Parce qu’avoir des enfants c’est la seule façon de vraiment redonner au suivant (…) »
Tu es stérile ? Rien à battre, c’est un tir groupé.
Vous pensiez que c’était le bouquet final ?
Et bien pas du tout.
On continue, Bianca n’a pas encore fini de cracher son venin sur les méprisables « sans enfant » sur « ceux qui choisissent de pouvoir dormir le matin » Les odieux salopards.
Oui parce que c’est bien beau tout ça mais « avoir des kids c’pas de la tarte » déplore la blogueuse (re)productrice, qui estime faire une montagne de sacrifices « En éduquant et en élevant 4 enfants nous offrons à la société ce qu’il y a de plus important, la base de toute société: une relève.(…)  j’offre énormément à ceux qui n’ont pas d’enfant… Je travaille pour eux. Je contribue au futur de la société » chouine t-elle comme si le monde n’était pas au bord de l’implosion pour cause de surpopulation, puis d’enchaîner toujours avec cet aplomb insupportable de nantis « Et plus tard, dans 30 ans, qui fera tourner l’économie ? Qui seront les prochains médecins, infirmières, ingénieurs, qui seront les prochains travailleurs: le fruit de nos sacrifices, nos enfants » On notera qu’il n’est nullement question de femmes de ménage ou de maçons – totalement inenvisageable pour une snobinarde de cette espèce – et qu’elle omet soigneusement d’évoquer les mamans de Guy Georges ou Mohammed Merah qui pourtant ont dû, elles aussi, s’en taper des bronchiolites nocturnes et des couches pleines de merde avant de nous léguer leur monstre.
Tous ne finissent pas chirurgien ou prix Nobel de la Paix.
La conclusion de cette diatribe délirante – ou le bouquet final, on y est – ne se fait pas attendre, accrochez-vous bien : « Dans 30 ans, ceux qui ont décidé de ne pas avoir d’enfant vont quand même toucher leur retraite, vont profiter des services sociaux, des services publics, etc… Les gens qui « n’étaient pas faits pour avoir des enfants » vont profiter des mêmes avantages que ceux qui ont dû faire plusieurs sacrifices en ayant des enfants. Est-ce juste ? (…) Est-ce que les parents ne devraient pas profiter d’avantages ? Je crois que oui » tempête t-elle avant d’exiger, au firmament d’une suffisance ahurissante « En tant que mère et contribuable, je considère donc que j’ai droit d’être reconnue comme une contribuable supérieure, comme tous les parents. Oui mesdames et messieurs, l’élite, ce sont les parents.
Gens sans enfant, vous nous en devez une ! »
Consternation profonde.
Que d’acides régurgitations pour quelqu’un qui se prétend tellement heureuse.
Et un dernier petit uppercut pour la route : ce papelard plein de prétention obtuse, d’intransigeance brutale, de discrimination tranquille a récolté 29 000 « j’aime »
29 000 putain de « j’aime ».

Dis-moi Bianca Longpré, comment envisages-tu la traque, cette chasse aux sorcières infertiles ? Doit-on mettre dans le même panier ceux qui ne veulent et ceux qui ne peuvent pas avoir d’enfant ? Comment les différencier sans violer les intimités les plus profondes ? As-tu bien conscience qu’il sera assurément plus aisé de pointer du doigt les femmes que les hommes non-procréateurs ? As-tu bien conscience que tous les extrémismes dévastateurs, tout comme toi, voient ou ont vu la diversité comme un parasite nuisible ? As-tu bien conscience des dérives glaçantes que pourraient entraîner tes revendications aussi absurdes que capricieuses ? Penses-tu vraiment que des femmes comme Frida Kahlo, Hannah Arendt, Anaïs Nin ou Simone de Beauvoir, qui n’ont pourtant déposé aucune petite crotte génétique sur cette Terre, ne nous ont rien laissé de digne d’intérêt ? Une montée de lait t’aurait-elle ravagé le cerveau ?

Lilas Goldo

 

Ce petit monde étrange qu’est Twitter

twitter goldo
Vu que je ne suis pas parisienne, j’ai très peu l’occasion de prendre le métro ; 3 ou 4 fois par an maximum. Et quand je le prends, je ne me lasse pas de scruter l’usager. Épier le gens, j’adore ça tu sais et je le fais avec délectation, vierge de toute blasitude, j’ai toujours l’oeil curieux qui s’émoustille pour pas grand chose. L’autre jour, alors que je devais me rendre chez ma pote Peltoche, j’ai eu la grande joie d’emprunter la ligne qui va en direction de Belleville. J’avais un bout de chemin à faire, je me suis donc assise et j’ai commencé à zieuter l’alentour. J’ai très vite repéré dans un coin du wagon, un grand type d’une banalité indécente en train de pianoter compulsivement sur son téléphone. Ni laid, ni beau, la mine légèrement renfrognée, on peut dire que ce mec irradiait de platitude. « Tu vois, me suis-je dit, peut-être que ce gars tout gris a 15 000 followers peut-être que ce grand machin transparent est sur le point de balancer une punchline de la mort qui va défoncer la Twittosphère pendant 3 heures au moins. » Parce que Twitter c’est un peu ça, c’est le rutilant Panthéon des ombres anonymes.

Depuis 3 mois, j’ai un compte Twitter et depuis 3 mois, je vois le monde un peu différemment. C’est marrant hein ? Quand je me suis inscrite, j’ai tout de suite capté LA base de ce petit cosmos virtuel, LA règle d’or qui détermine d’office ton camp, celui des winners ou des losers : pour un minimum de Tweet cred’, tu te dois d’avoir impérativement plus d’abonnés que d’abonnements. Et plus l’écart entre les deux se creuse, plus la puissance de ton influence tend vers l’indéniable. En ce qui me concerne, je suis 33 « personnes » alors que seules 25 me suivent. Autant te dire que c’est la franche misère, que j’ai le désagréable et persistant sentiment d’avoir un peu raté ma vie. Enfin bon, j’essaye de ne pas trop y penser.
Je dois cependant reconnaître quelques avantages à cet état de fait ; mes 25 sont fidèles, je n’ai pas encore eu à subir le traumatisme d’un cinglant unfollowage et grâce au petit nombre, mon étude de chacun n’en est que plus attentive et minutieuse. J’aimerai ici noter, mes grandes et premières impressions sur ce petit monde étrange qu’est Twitter, les marquer avant qu’elles ne m’imprègnent et que je ne les oublie.

Twitter, petit rocher monégasque du web. Ambiance luxe, calme et volupté. Rien à voir avec l’autre franchouillard de Facebook.
La meuf y est pétillante et incroyablement libérée, le mec drôle et charismatique. Et tout ce petit monde vaque à ses occupations dans une relative bonne humeur. Attention hein, je ne dis pas que TOUT n’y est que futilité et légèreté, mais un peu quand même. Le twitto lambda est propre sur lui et bien peigné, un petit peu snobinard sur les bords, il s’exprime plutôt bien et exerce des jobs dans la publicité, la communication, le journalisme ou l’audiovisuel. Je n’ai encore jamais croisé de twitto chauffeur de bus par exemple. Pas encore du moins. Y a bien quelques chômeurs par-ci, par-là, mais ça ne ruisselle pas la précarité. Ça tweete et ça retweete paisiblement, ça se dragouille gentiment et chacun promotionne son blog ou son Tumblr à qui mieux mieux, là-d’dans. Je me rends compte que finalement, les seules qui ont encore la rage au clavier, qui foutent un peu le boxon dans le bocal, ce sont les féministes. (hasta la paridad siempre !)

Sur Twitter, on évite de s’épancher sur la viscosité de ses pertes blanches ou sur les dernières facéties de sa petite nièce Nono. Tout reste assez superficiel, anecdotique. Juste de l’instantané saisi au vol que le « 140 caractères », imperturbable sentinelle, t’empêchera de creuser quoi qu’il en soit. D’accord. Mais de quoi y cause t-on alors ? Petit tour des principaux sujets de conversation :
– La pluie et le beau temps. Et à chaque phénomène météorologique d’envergure, sa palanquée de photos instagramées. La neige y est, non sans espièglerie, comparée à de la cocaïne (rhoo les coquinous) pendant que les twitteuses se plaindront des premières chaleurs qui les font méchamment suer de la face dans les transports en commun. (sans photo cette fois.)
– La tévé-poubelle (la vie). C’est drôle de constater que le twitto qu’on imagine pourtant jeune dynamique à la vie trépidante, passe tous ses samedi soirs devant The Voice.
– La bouffe. J’ai pris 2 kilos depuis que je suis sur Twitter. No comment.
– La politique / les actualités sont suivies de près et massivement commentées. La Twittosphère se divise en 2 hémisphères : la droite, la gauche et le moindre faux pas y est lynché sans appel, descendu en flèche. Que dis-je, mitraillé à la kalachnikov, plutôt. Les têtes de turc favorites du moment sont, au coude à coude pour la place number one, Boutin et Morano et pas un jour ne passe sans que leur nom ne soit cité. Je m’interroge souvent à ce sujet, un tel niveau de bêtise crasse mérite t-il vraiment autant d’attention ?

J’ai gardé pour la fin, l’impression qui m’a le plus grandement interpellée : Twitter serait-il une petite dictature de l’humour ? Sarcasme, ironie et cynisme sont légion chez l’oiseau bleu et ce, jusqu’à l’overdose. Je ne suis ordinairement pas la dernière lorsqu’il s’agit de se fendre la poire mais là, c’est de la compèt’ de Ligue 1, du high level de fou-furieux et j’en frôle l’écoeurement. Le monde actuel est-il à ce point morose qu’il faille impérativement s’enrober d’humour noir pour pouvoir le regarder en face, sans sombrer dans le désespoir ? Et LA question qui me taraude : ils sont où dans la vraie vie, tous ces gens si drôles qui foisonnent sur Twitter ? Une chose est sûre déjà : pas dans mon bureau de quiches aux fions crispés.

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J’irai jouer sur vos tombes.

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Dans nos existences fabriquées de toutes pièces, il y a des heures qui ne mentent jamais, les heures tendres ou âpres de l’enfance.
Ciment de nos fondations, elles ne finissent jamais de couler dans nos veines, d’abreuver nos peurs, nos doutes ou nos confiances, nos certitudes.
Elles sont le terreau de l’adulte en devenir.
Des croûtes qu’on garde à vie sur les genoux.

Nous avons été élevées, mes sœurs et moi, avec beaucoup de laxisme et encore plus d’amour par une mère qui nous a appris très tôt que les fleurs souffraient quand on leur arrachait la tête. qui nous laissait aller à l’école en tutu de danse, qui dessinait sur nos coudes écorchés des soleils au Mercurochrome et nous nous endormions tous les soirs en l’écoutant nous raconter Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson.
Notre environnement était doux et on n’entendait presque pas les fracas du vrai monde.
Cela fut-il suffisant pour nous constituer des racines assez vigoureuses pour affronter les tempêtes à venir ?
J’ai envie de répondre affirmativement.
L’amour maternel malgré les maladresses et les faiblesses qui l’accompagnent inévitablement, reste le meilleur des engrais.

Je me souviens avec beaucoup d’émotion mais aussi une pique d’ironie maintenant que je suis « grande », d’une chose que nous faisions souvent les jours de pluie : nous nous installions toutes autour de la table de la cuisine, ma mère – qui dessine admirablement bien – prenait un feutre, une feuille et suivant nos instructions minutieuses, nous dessinait, nous, adultes dans la vie que nous rêvions d’avoir.
« Alors moi, tu me dessines avec mon mari, mes deux enfants et mon chien. On est au supermarché. J’ai des chaussures à talons et les cheveux raides. »
Je précise qu’à cette époque, nous vivions plutôt pauvrement et n’allions JAMAIS au supermarché. Ce lieu de toutes les abondances restait un pur fantasme pour nous.
Je précise aussi que malgré toutes mes prières pour, je n’ai jamais eu les cheveux raides.
Ni le mari, ni les enfants d’ailleurs, maintenant que j’y pense.
Enfin toujours est-il que ces dessins, ces morceaux d’espoirs et de rêves enfantins, nous nous appliquions ensuite à les colorier sans déborder.
Bien sûr que c’est pas ça la vraie vie, bien sûr que les atterrissages furent ensuite parfois brutaux mais ces esquisses n’en restent pas moins des souvenirs douillets où se réfugier quand les cieux se déchaînent.

Et puis ma mère s’employait tout de même aussi à nous mettre en garde contre les aléas de la vie.
A sa façon certes, toujours un peu étrange, décalée, aérée.
« Mes chéries, je crois que vos poupées ont fait des bêtises pendant que vous étiez à l’école ! »
On connaissait ce jeu par cœur mais c’est le palpitant tout affolé qu’on se précipitait dans notre chambre pour y découvrir une poupée dangereusement penchée à la fenêtre, une autre faisant des cabrioles insensées sur l’échelle du lit superposé et une dernière tranquillement installée, les doigts dans la prise électrique. On prenait alors cette voix un peu trop aiguë que prennent toutes les petites filles qui imitent les mamans « Oh Mon Dieu ! T’as failli mourir télékrocutée ! » et les fessées tombaient énergiquement.
Ces missions de sauvetage me procuraient un sentiment de grandeur que je n’ai jamais réussi à retrouver par la suite.
J’imagine souvent cet improbable échange :
« – Et vous Goldo, qu’avez-vous fait de votre vie ?
– J’ai sauvé ma poupée de l’électrocution. Et plusieurs fois ! »
Je ne sais pas si on mérite le paradis pour ça.

Mais le plus curieux des rituels de mon enfance reste quand même nos visites régulières au cimetière du village.
Nous nous y rendions, mes sœurs et moi, toujours très pomponnées – robe de fée, rouge à lèvre et sac à main – mais ne vous méprenez pas, nous ne venions nullement pour la gaudriole, la tâche était des plus sérieuses et nous l’exécutions avec beaucoup de solennité.
La visite commençait invariablement par la tombe familiale, la tombe de Papa Gé et Mama Nine, mes arrière-grands-parents, que nous nous attachions chaque fois à redécorer avec ardeur, à coup de dessins scotchés à même le marbre, de coquillages ou de jolis cailloux.
Un jour, j’ai même poussé la dévotion jusqu’à y coller un autocollant Panini – que je trouvais fort beau – et alors que je me délectais du résultat, pas peu fière de mon initiative, le curé qui nous surveillait toujours d’un œil suspicieux, est arrivé en courant et en hurlant « On n’est pas dans un campement de romanichels ici ! »
Vieux con, va.
Je ne savais même pas ce que ça voulait dire « romanichels »
Commençait ensuite l’éprouvante tâche de l’arrosage. Éprouvante car on ne se contentait pas d’arroser que nos tombes mais le cimetière tout entier, sans discrimination.
Les vents sont secs et le soleil brulant, le vieil évier en pierre crachote pingrement son eau et les bidons de lessive recyclés en arrosoirs sont lourds mais tout le monde aura sa salvatrice et fraîche lampée et même les fleurs en plastique ne seront pas négligées.
Épuisées et trempées, nous terminions alors avec une dernière tâche et pas des moindres : le juste partage des richesses.
Fortement imprégnées des valeurs humanistes inculquées par notre mère, nous n’avions pas manqué de remarquer que certaines tombes croulaient sous les bibelots, fleurs et moult marques d’affection alors que d’autres, laissées à l’abandon, étaient d’un vide désolant qui nous crevait le cœur.
Nous nous devions de remédier impérativement à cet injuste état de fait et nous nous attelions alors à une redistribution impartiale de tous ces biens décoratifs. (ce qui ne devait pas manquer de rendre fou de rage le curé…)

J’adorais tous ces bibelots mortuaires comme des petits jouets beaux et précieux.
Un, tout particulièrement, suscitait mon admiration la plus vive, une couronne en forme de cœur, ornée de mille perles violettes avec écrit à l’intérieur, en grandes lettres argentées « A ma mère adorée »
Je m’étais empressée de la montrer à ma mère et lui avais balancé avec cette désinvolte candeur propre qu’aux enfants, « Je t’achèterai la même quand tu seras morte ! »
J’avais 6 ans et demi, j’étais encore immunisée contre la souciance.

« Le temps est assassin et emporte avec lui
Les rires des enfants et les mistral-gagnants. »
Renaud.
[A mes sœurs, co-gardiennes des jours heureux.]

Polyamour mon cul !

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Quand ces neuneus de journaleux découvrent le polyamour, ils se mettent tous à frétiller du popotin et c’est le stylo-bite en érection, le clavier qui s’exalte et la souris surexcitée, qu’ils s’attèlent alors à nous servir des plâtrées de bouillie grumeleuse : « Et si le polyamour était l’avenir du couple ? » titre absurdement Slute.fr, « Et si j’essayais le polyamour ? » s’interroge, toujours dans la question existentielle à deux balles, Psychogogole Magazine pendant que Cosmopolithon nous assène un aussi ferme que niaiseux « Le polyamour, c’est bon pour le moral »
Et tous de se sentir délicieusement subversifs, incroyablement novateurs et surtout très satisfaits de leur connerie.
Comme si polyaimer n’était qu’une question de bonne volonté, comme si savoir l’être aimé dans le lit d’un(e) autre pouvait se gérer cérébralement, froidement en omettant le cri des tripes et des boyaux, comme si nos cœurs, ces grands chevaux sauvages et indomptables faits pour galoper dans les steppes infinies, n’étaient que des petits poneys dociles trottinant dans un manège sombre et moisi.
C’est ça oui, nos équidés cardiaques n’attendent que les instructions dictées par ces stupides torche-culs pour se mettre à frémir.
Aimer n’est pas une tendance ELLE mais une impulsion.
Et si polyamour il doit y avoir, ça ne peut qu’être le fruit d’une collision fortuite.
L’amour est un jeu de hasard et je suis convaincue que lorsqu’il y a une volonté, une planification « Demain j’essaye le polyamour » ce n’est plus tout à fait de l’amour.
Il n’est pas né encore celui qui parviendra à ordonner le tumulte de nos sentiments.
Il n’est pas né non plus, celui qui saura me convaincre du bienfait des amours multiples, celui qui saura raisonner mes instincts de propriété sentimentale, mes peurs et mes failles, et je persiste à croire que le concept « polyamour » vanté et vendu par les médias n’est qu’une vaste mascarade.
Mais encore ? Plus sincèrement ? Pourquoi cette mode m’énerve ?
Réponses comme elles viennent, en vrac.

« Polyamour » rien que le nom me file de l’urticaire.

Mot au passage, que mon correcteur orthographique s’obstine à souligner en rouge comme une trop flagrante incohérence. C’est quoi ce truc inventé de toutes pièces ?
« – Bon les gens, la polygamie, c’est mal et interdit par la loi, le libertinage, c’est trop beauf, il faut qu’on trouve un autre nom et si possible, avec un peu d’amour dedans, parce qu’avec un peu d’amour, ça passe toujours mieux !
– Hmm… Les partouz-cœurs ?
– Non non, ça sonne encore trop DSK !
– Polygamour ?
– Trop Kadhafi !
– Et si on enlevait le point G ? Polyamour ?
(Tous en chœur) : BANCO !! »
C’est purement personnel mais je trouve que ce terme a quelque chose de précieux-prétentieux, sue le désir qui ne s’assume pas totalement. Lèvres pincées, slibard en flammes.
Et à ces snobinards du cul, je préfère bien mieux la franchise du petit libertin camping-cariste du Cap d’Agde qui vit les pulsions de son slip avec sérénité.

Qui sont ces monstres de confiance tranquille ?

On touche là sans doute, une de mes cordes les plus électriques.
Est-ce ma fâcheuse propension à voir la bite mi-molle alors qu’elle est mi-dure ? Pour moi, aimer doublement, triplement, c’est plus prendre le risque de cumuler les emmerdes que le bonheur.
Qui sont ces gens sans peurs ni doutes qui peuvent prétendre polyaimer ou être polyaimés paisiblement, sans succomber à la jalousie ou la venimeuse comparaison ?
Qui sont ces cœurs présomptueux ?
Je regarde autour de moi et hormis quelques rares fanfarons qui fantasment tout haut, s’imaginant dans un jacuzzi entourés de trois bombes atomiques souples et bienveillantes, je ne vois personne, aucun ego suffisamment cuirassé pour pouvoir envisager la chose avec placidité.
Mon homme dans les bras d’une autre, juste d’y penser, j’ai mal au ventre, j’ai l’ego qui flanche et tremblote, les questions qui fusent et qui mordent ; est-ce qu’elle est plus drôle que moi ? Est-ce qu’elle a la peau aussi douce que la mienne ? Est-ce qu’à elle aussi, tu lui fais des papouilles au creux des poignets ? Est-ce qu’à elle aussi, tu dessines avec ton doigt des choses sur son dos qu’elle doit deviner ?
Si tu me dis oui, j’en crèverais.
Je peux comprendre un égarement sexuel mais amoureux, c’est juste inconcevable.
Je m’en cogne des sondages bidons, des études à la con qui jurent que « le polyamour, c’est bon pour le moral » j’écoute seulement les sommations de mes viscères : je ne veux pas partager, j’ai trop la dalle pour des demi-portions.
Et si j’ai peur comme ça, c’est aussi parce que je sais que si c’est moi qui m’en vais chercher des bouts d’amour ailleurs, c’est que tu ne me satisfais plus pleinement. Si je n’ai plus peur de te perdre, c’est que la tendresse et le confort du quotidien ont remplacé la fougue et la passion, c’est que l’admiration que j’ai pour toi se meurt, c’est qu’on devient sans doute un peu trop tièdes, un peu trop sages.
Le polyamour, c’est juste du Xanax contre l’ennui conjugal.

Si le cœur est élastique, le temps lui, ne l’est pas.

Et aimer correctement, c’est consacrer du temps à l’autre.
L’amour est une affaire bien trop sérieuse pour tolérer la dispersion.
Quand on fait les choses bien du moins.
Le polyamour reste à mes yeux, le parfait reflet d’une société vite blasée, l’insatisfaction chronique chevillée au cœur, lâche, elle préfère fuir vers des horizons neufs et bien plus attrayants que s’échiner à rendre son couple plus excitant. Toujours ce maudit choix de la facilité.
On n’aime plus, on like compulsivement.

« J’ai connu tant de femmes dans ma vie, que j’ai pour ainsi dire toujours été seul.
Trop, c’est personne. »
(Romain Gary)
[Pour C.S, tu sais pourquoi]

Je ne pourrais jamais être la zouz du Prince William.

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Pour pouvoir être duchesse de Cambridge, deux qualités me semblent impérativement nécessaires : être belle et élégante comme un mannequin de vitrine Marks & Spencer et posséder un caractère qui avoisine en puissance celui d’un balai Swiffer.
Alors que tant de filles, jeunes et moins jeunes, s’extasient, toutes frémissantes d’admiration, sur la vie de princesse de Kate Middleton, j’éprouve pour ma part à chacune de ses apparitions, un immense sentiment d’incompréhension.
Et un peu d’effarement aussi.
Comment peut-on fantasmer sur une vie régie jusque dans ses plus infimes détails par des protocoles aussi lourds qu’obsolètes ?
Comment peut-on rêver d’une telle existence où le moindre pet requiert une autorisation spéciale de la Queen Mum pour être lâché ?
Moi là-dedans, j’explose en deux jours et demi ; je liquide la Couine Mémère tyrannique, je fous le feu au palais et je m’en vais achever par noyade ce conte de princesse-mon cul dans le pub le plus glauque et minable de la ville.
Elle est bien gentille Kakate, moi j’vous l’dis.

« On est gentiment prié de garder son balai dans le cul jusqu’au bout de la nuit »

Déjà le mariage m’avait plongée dans un état de grande consternation.
Sourire figé et yeux hagards, Kate passe la journée à faire des coucous mécaniques avec la main. Le clou de cette cérémonie polaire sera un furtif baiser aussi brûlant qu’un frigidaire Bosch et devant une telle pénurie d’effusion, je m’interroge : l’ont-ils droguée ?
Affublée d’une couronne de quinze kilos sur la tête et d’une traîne de trois kilomètres à l’arrière, j’imagine la Reine Mère ordonnant « Mettez-lui du bien lourd et du bien encombrant, qu’on soie sûrs et certains qu’elle ne puisse s’échapper ! » Sait-on jamais, des fois que la petite soit soudainement frappée d’un sursaut de lucidité.
Toutes les mamies du monde entier et Stéphane Bern s’émerveillent devant la robe de la mariée – col roulé, manches aux poignets et longueur « terroriste » – mais l’enthousiasme est de courte durée et Kakate bien vite éjectée au second plan par l’arrière-train, nettement plus glamour, de sa frangine Pippa pendant que de l’autre côté, le tailleur jaune fluo de la Reine Mère hurle comme un gyrophare.
La duchesse encaisse, reste stoïque ; elle n’en est plus vraiment à une humiliation près.
A-t-elle conscience à ce moment-là que désormais sa vie ne sera plus qu’une longue succession de contraintes et d’abnégation au profit de la bienséance monarchique ? Les coucous qu’elle continue imperturbablement de faire avec la main, sont-ils en fait des adieux silencieux à toutes ses libertés ?
La soirée sera toute aussi débordante de joie austère : pas de bonnes copines pour ambiancer la piste de danse, pas de bons copains pour faire des blagues potaches et encore moins de chenilles ou de verres gaiment fracassés. On est gentiment prié de garder son balai dans le cul jusqu’au bout de la nuit. Le moment le plus fort de la noce restera assurément la reprise à la cornemuse du célèbre « Another day in paradise » de Phil Collins et à 22h30, tout le monde sera au lit.
J’espère sincèrement que la nuit nuptiale fut chaude bouillante, qu’ils ont baisé comme des sauvages pour rattraper au mieux cette désastreuse journée.
Mais à vrai dire, j’en doute un peu.

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Les mois passent, la toute neuve princesse se vautre dans un état de docilité qui frise le masochisme mais trouve tout de même le temps entre deux distributions de boîtes de chocolats dans des hospices pour vieux séniles, de pondre un premier Royal Baby.
Ses aptitudes à la soumission forceraient presque le respect, elle s’applique à jouer son rôle sans vagues ni remous, jamais un cheveu de travers, le chemisier impeccablement repassé, sa vie toute entière semble être une version hardcore de Fifty Shades of Grey.
Mais sans les scènes de cul évidemment.
Je n’attends pas d’elle qu’elle s’engage auprès des Femen mais je trouve que toute cette notoriété qui ne sert à rien d’autre que nourrir, jusqu’à l’obésité, la presse « raclure de bidet » c’est tout de même un gâchis immense.

« Putain de merde, est-ce que tu peux avoir envie de godasses à talons quand tu viens de te faire bousiller les chairs et les entrailles ?! »

Enfin, venons-en à des faits plus récents ou l’avènement du second Royal Baby.
Mettre au monde un enfant reste une chose d’une merveilleuse banalité.
Pendant que Fatou accroupie dans la poussière du Nigeria, sous le chant des balles de Boko Haram, s’active à expulser le sien, Kate, dans la chambre de sa clinique aseptisée s’attèle exactement à la même tâche à la différence qu’en fond sonore, c’est Adèle qui s’époumone.
Et parce que le monde est bizarrement fichu, sans doute aussi en mal de rêves et d’histoires douces, c’est vers cette dernière que tous les regards sont braqués.
Il faut reconnaître que le spectacle que le british royaume nous donne à voir est tout bonnement fascinant : un homme, une femme – qui fait encore et toujours coucou avec la main – et un lardon qui ressemble à trente mille autres lardons fraîchement démoulés.
Quelques heures seulement après la délivrance, Kakate est jetée en pâture à la meute affamée de journalistes qui s’agglutinent devant la maternité. Et là j’ai envie de dire que le traitement qu’on lui a visiblement fait subir, c’est limite-limite de la maltraitance : combien d’heures de préparation, de lavage de cheveux, de brushing, de maquillage lui ont-ils infligées ? Ils ont poussé le vice jusqu’à l’accoutrer de godasses à talons. Putain de merde, est-ce que tu peux avoir envie de godasses à talons quand tu viens de te faire bousiller les chairs et les entrailles ?! A ce régime-là, je me demande si je ne préfère pas encore accoucher dans la poussière du Nigeria et repartir tranquille-pépouze en tongs… ?
Même sur le prénom de sa propre progéniture, Kate n’aura pas son mot à dire. Charlotte en hommage à Charles, le grand-père paternel, Elizabeth en hommage à l’infernale et omniprésente Queen Mum et Diana en hommage à la grand-mère paternelle (RIP). Et tiens, prends-toi dans les dents ta condition de petite roturière non-digne d’intérêt.

« Cette destinée de poupée Barbie neurasthénique »

Si j’avais dû être la zouz du prince William, j’aurais craché avec vigueur sur cette destinée de poupée Barbie neurasthénique.
J’aurais trouvé absurde d’obtempérer aux ordres d’une vieille de 90 piges qui porte des tailleurs rose bonbon et une couronne sur la tête.
J’aurais refusé de me plier à ce Disney-simulacre et d’alimenter les complexes de milliers de fraîches mamans.
Je me serais opposée violemment à l’idée d’exhiber à la foule en délire mon bébé de quelques heures à peine.
Je me serais seulement fendue d’un simple communiqué de presse – une photo – juste histoire de calmer les médias.
Juste histoire de recadrer un peu les priorités.

bb famine 2

@ Lilas Goldo

Génération Fast-Sex, génération perdue ?

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« Venez comme vous êtes ! » disent-ils, alors tu viens avec ton vieux leggings qui poche aux fesses ou tes baskets qui puent la mort, tu viens sans trop d’effusion, ni d’enthousiasme.
La commande est sans surprises, tu la connais par coeur, tu la récites d’un trait sans même avoir besoin de reprendre ta respiration.
Les lieux sont insipides, l’air chargé de graillon, les tables poisseuses, la clim’ branchée en mode polaire.
Bouffer pour bouffer. Vite fait, mal fait. Parce qu’il le faut.
Repartir le ventre certes plein mais un peu nauséeux.
Tout en sachant que dans une heure ou deux, la dalle reviendra cogner le fond de tes entrailles.
Je veux parler des histoires d’amour que vous avez assez piteusement transformées en baise hygiénique, en fuckfriending ou plan cul régulier.
Génération fast-sex ou la tristesse et les sanglots longs des culottes froides, des coeurs anesthésiés.
Un peu souvent je trouve, la petitesse de vos ambitions coïtales me désespère.

À défaut de pouvoir capitaliser les sentiments, on a tinderisé les relations.

À bien y réfléchir, la seule et unique chose qui reste gratuite en ce fichu monde rongé par la cupidité, c’est les élans du coeur, les sentiments.
On peut s’acheter une nouvelle paire de loches, une pipe ou commander, moyennant une bonne liasse de dollars, un bébé blond aux yeux bleus. L’amour lui, envers et contre tout, reste immuablement ce désinvolte enfant de saltimbanques que rien ou presque ne peut corrompre.
Mais les marchands, les spéculateurs en tout genre sont des êtres rusés et obstinés : « Le coeur est une forteresse financièrement imprenable ? Très bien, nous passerons par les culottes ! »
Et c’est ainsi que naquirent des concepts aussi dingues que Meetic, Adopte un mec ou Tinder.
Pour attirer le chaland, on y agite avec vigueur un petit chiffon rouge – la couleur de l’amour – mais à y regarder de plus près, ce petit chiffon rouge n’est bien souvent rien d’autre qu’un vulgaire string en fibre synthétique.
Et le subterfuge fonctionne au-delà de toutes espérances : parée de son honorable robe sentimentale, la consommation sexuelle s’impose comme une denrée impérativement nécessaire au bien-être de chacun et se met à déborder allègrement du cadre de ces applications de rencontre pour s’implanter comme une évidence universelle. Les médias, les publicitaires, bien conscients de l’enjeu économique que représente la chose nous le serinent chaque jour, à toutes les sauces – surtout la blanche et sans oignons – ; baiser prolonge l’espérance de vie, fait maigrir, soigne l’acné, les verrues et la dépression…
Sexez, sexez frénétiquement pour être heureux !
Ce sexe facile à portée de clic, il serait criminel de ne pas en jouir jusqu’à la lie.

Fast mais si peu furious génération.

Cette génération, c’est pas la fureur de vivre et d’aimer qui l’étreint et dans ce contexte actuel de morosité chaotique, elle s’attache surtout à survivoter dans l’urgence.
Ça ira mieux hier, demain reste incertain
Petite jouisseuse au bonheur précoce et fragile, un brin tire-au-flanc, un chouia résignée et désabusée, cette génération ne pouvait que s’engouffrer tête la première dans l’habile stratégie de ces petits shoots d’extase à la commande.
Dans une société qui érige la quantité, la performance et le rendement en piliers de la réussite, pourquoi encore s’attarder sur les fastidieux mécanismes du coeur ? Pourquoi se lancer dans un jeu de séduction long et laborieux alors qu’il suffit d’activer sa géolocalisation ou de textoter son plan cul pour atteindre un orgasme dans les deux heures qui suivent ( si tu négocies avec doigté ton affaire ) ?
Toute femme libre et moderne se doit d’avoir au chaud dans son répertoire une ou deux bites aimables et serviables.
On a pris soin de convaincre la gent féminine que leur émancipation face aux diktats patriarcaux ne se ferait pas sans libération sexuelle. Doux leurre, qu’elles avalent sans broncher. Leurs levrettes prennent certes des allures de chevauchées sauvages mais le mors et la bride sont toujours bien là. Sois belle, sois jeune, sois désirable demeurent les maîtres mots de ces relations exclusivement épidermiques.
L’homme lui, est devenu un lion en captivité à qui on livre chaque jour des tranches de gazelle sous cellophane. Le testostérogramme à plat, les couilles pleines d’ennui, l’obésité qui guette. le fauve n’a plus qu’à pleurer ses dernières larmes entre des cuisses anonymes.
Pauvres bêtes.

L’ère des rétines qui bandent comme des taulards et des cardiogrammes qui somnolent.

Est-il venu le temps des sentiments tenus en laisse ? Le temps flippant, des copulations robotiques ?
Dans le fracas des halètements et des cris de jouissance – réels ou sur Youporn -, dans le brouhaha de cette course effrénée à l’orgasme impérieux, dans le boucan des téléphones qui sonnent, des ordis qui bourdonnent, on n’entend presque plus le chuchotement du désir, le bruit des gens qui s’aiment.
Nom d’un chien, où sont passés les battements de vos coeurs ?
Peut-on être heureux un jeudi sur deux dans des draps dénués de toute âme, entre 17 et 19 heures ?
J’en doute.
La solitude fait rage et la vente d’antidépresseurs ne s’est jamais aussi bien portée qu’aujourd’hui.
Les nouvelles technologies sont un outil fabuleux mais à double tranchant ; la tentation – incluant la lancinante impression que l’herbe est forcément plus verte ailleurs – y est omniprésente et la vacuité des possibles peut vite devenir enivrante. On pense à ce qu’on rate, plus à ce qu’on a.
On court après un idéal qui n’existe que sous filtres Instagram, l’amour est devenu une injonction qui exige un paiement cash en liquide séminal, orgasmes et tressaillements.
Au risque de paraître brutalement fleur bleue, je ne comprendrais jamais cette génération qui préfère aller au MacDo tous les jours plutôt que chez Ducasse une fois par semaine, cette génération qui se contente de ces coïts du dépit, cette génération aux ambitions sèches et demi-molles.
Je ne saurais jamais comment vous faites pour baiser sans mettre un peu d’amour dedans.
Soyez fous bon sang et prenez le risque d’aimer !

Texte écrit pour dafouk.com.

Les carpettes à foutre

En passant

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J’ai souvent évoqué ici le cas des féministes hysté-2_0 qui bien souvent confondent lutte pour les droits des femmes et haine de la bite, aujourd’hui il me plairait que nous causions de leur parfait contraire : les carpettes à foutre.
Filles, on a toutes en nous un peu de soumission à vocation copulative ; ces minauderies collantes de gloss pour attirer son attention à lui, cette volonté d’apprivoiser son slip, ce désir fou d’être aimées sauvagement sur le coin d’une commode d’entrée quand l’envie devient indomptable et toutes ces conneries qui font tourner le monde, qui font naître des pelletées de petits Killian et Mandy qui paieront nos retraites demain – Bien sûr, tu sais comme moi que 99% des baises ne sont pas à visée reproductive juste charnelle mais laisse-moi faire dans le bon gros clicheton pour mieux nous expliquer la nature humaine !
Par « soumission » j’entends la nécessité de se plier à certains codes ou rituels que l’on nomme plus communément « parade nuptiale » Et c’est justement là que se situe le cœur de notre sujet.
Cette parade nuptiale, certaines filles la pratiquent avec une ardeur, une dévotion qui dépassent tout entendement et ce sont précisément ces filles là que j’appelle les carpettes à foutre.
Où les trouver ? Comment les reconnaître ? Chercher à les comprendre.
Enquête exclusive dans les bas-fonds de la carpetterie foutreuse

Longtemps et aujourd’hui encore, je me suis demandée si les carpettes à foutre n’étaient pas juste une légende virtuelle. C’est qu’elles pullulent en nombre considérable sur les internets mais semblent bien plus discrètes in real life. J’ai voulu comprendre le pourquoi d’un tel fait et un fœtus d’explication m’est venu à l’esprit : il est bien plus facile d’enculer la bienséance, de niquer les conventions et de gentiment tromper son monde sur le web que dans une vie faite de chair et d’os. Instagram et Photoshop se chargent de rendre le dernier des laiderons attrayant, le pseudo les noie dans une masse anonyme et la (sur)confiance peut alors tapageusement s’installer. Il est bien plus aisé de s’enhardir dans son salon sur son MacBouque que devant son boss ou son boucher, pas vrai ?
Donc, judicieux travelling sur un décolleté généreusement mis en valeur ou une bouche gourmande, pseudonyme à forte connotation coquine et langue chaudement pendue, Miss Carpette est dans la place, prête à faire du ravage dans tous les calbars de l’interweb.
Et tombent par milliers les innocentes queues dans l’habile manœuvre ! – Ben oui, c’est un peu con-con une queue, surtout quand elle a faim –

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(On notera que le compte Exhibelle est très probablement à but lucratif mais cela n’empêche pas les queues d’y répondre avec un enthousiasme totalement déroutant.)

Anyway, revenons à nos biquettes.
Je tiens ici à souligner une précision qui a toute son importance : Les carpettes à foutre ne sont pas des filles qui aiment le sexe – la chose n’a rien de répréhensible, loin s’en faut – mais des filles qui ont compris que les garçons aimaient les filles qui aiment le sexe. Tu la saisis bien l’irritante nuance ?
Et ces filles complètement obnubilées par l’attention du mâle vont tout mettre en œuvre pour représenter l’archétype du fantasme masculin.
Elles s’appliquent donc à manifester bruyamment un amour démesuré pour la bite, tweetent des grotesqueries comme « Putain les mecs, 3 jours que j’ai pas vu la couleur d’une bite ! #LaDalle » ce qui reste pour l’esprit avisé d’une absurdité sans nom dans la mesure où chacun sait qu’il n’est pas bien compliqué pour une fille à peu près potable et pas trop regardante sur la marchandise de se dégoter une bonne âme charitable qui daigne asperger son incendie fessier. Suffit de sortir de sa piaule. Et ce qui nous amène également au triste constat suivant : la carpette à foutre est soit un monstre à 5 pattes, soit une imposture.

Non contentes d’user du trash-talking en abondance et d’afficher une sexualité faussement décomplexée, ces délurées virtuelles, toujours à la poursuite de cet idéal féminin façonné par les hommes, travaillent aussi avec le plus grand soin leur image de fille cool. Elles aiment le foot, la bière et les jeux vidéo, rient de bon cœur sans jamais s’offenser aux blagues sexistes et convaincues d’être bien au dessus de cette mêlée rose et sirupeuse que sont les femmes, elles méprisent haut et fort tout ce qui ressemble de près ou de loin à un cupcake, un blog beauté ou un Voici. Et c’est là que le mot « carpette » prend tout son sens.
Amoureuse jusqu’au mimétisme des stéréotypes couillus, persuadée d’avoir trouvé la voie de l’émancipation en parlant et en réagissant comme des bonhommes, la carpette à foutre ne fait preuve de rien d’autre qu’un manque affligeant de personnalité qui frôle bien souvent le ridicule. (c’est comme ça qu’on se retrouve avec des blogs aux revendications aussi pathétiques que « Je suis une meuf et je mange du Raifort » ou encore « Je suis une meuf et je jure comme un charretier » etc #Mourir)

Mais pourquoi, pourquoi un tel comportement ?
Je n’en sais rien en vrai. Sans doute un complexe d’œdipe boîteusement réglé, un manque de confiance en soi qui leur laisse croire que la seule chose intéressante en elles, c’est leur vagin docile . Et sans aucun doute aussi, un besoin désespéré d’amour, d’affection et de reconnaissance.
Meufs « normales » même si la mascarade des carpettes à foutre est pour nous, non dupes, source d’intenses irritations, accordons leur notre miséricorde.
Puisqu’on est bonnes.
Sans surenchère.
Sans tralala.

@LilasGoldo
170 cm
52 kilos
90C

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