Bang bang.

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Avant que décembre ne nous morde à la gorge, ne nous fende les os, j’avais envie de parler de la rupture. De la rupture amoureuse, plus précisément. Celle qu’on a tous, plus ou moins vécue ou que tu connaîtras un jour ; sois patient. Parce qu’il suffit parfois d’une porte qui claque pour que tes certitudes vacillent, pour que les peurs qui traînaient pourtant loin derrière dans la poussière, te rattrapent et te dévorent le muscle le plus tendre. Tu le sais ça ? Juste un claquement de porte comme une déflagration.

Bang Bang.

My baby shot me down.

Round 1. Des cailloux au fond du ventre.

L’appartement crie son absence et tu crèves comme un chien. Tes jours sont froids comme la pierre, tes nuits jonchées de vieux rêves malades qui puent le parfum de sa peau. La faim a foutu le camp et tu meurs de savoir si lui sait encore rire. Tu pries avec ferveur pour qu’il connaisse ne serait-ce que le quart de ta douleur, juste pour te sentir moins seule. Et tu t’appliques à tartiner de confiture de lait un vieux quignon de pain rassis que tu ne mangeras plus, tu t’obstines à recouvrir de chantilly une histoire, finalement morte depuis longtemps. Parce que les chagrins d’amour font bander les souvenirs  et rouillent la raison, il est encore trop tôt pour comprendre que ce n’est pas ton petit myocarde, là-bas, en bouillie sur la moquette, c’est juste ton amour-propre. Salement fracassé. Pleine de rien, tu t’endors tout au bord d’un lit devenu bien trop vaste, sans souffle, au ralenti.

Et puis un beau matin, sans raison particulière si ce n’est l’eau qui a coulé sous les ponts, qui a nettoyé tes plaies, t’es réveillée par le vacarme d’un corps chaud remis en marche, par le bouillonnement tulmutueux du sang qui veut bien à nouveau nourrir tes veines, propulser les battements de ton coeur. Tu crèves plus comme un chien, tu crèves juste la dalle. T’as une envie féroce de viande rouge et palpitante ; t’es vivante.

Round 2. Mais l’important c’est pas la chute, c’est l’atterrissage.

Sonnée mais debout. Certes les jambes tremblotantes, les entrailles à l’envers, mais DEBOUT bordel. Et tu te demandes ce que tu vas bien pouvoir faire de tout ce vide qu’il a laissé. Je vais te le dire moi : tu vas reboucher ces putains de trous avec le ciment de ta colère. C’est en général à ce moment là que les vannes finissent par lâcher. que tu baisses la garde. Pour faire sortir le pus qui reste au fond de tes balafres, tu vas faire des choses aussi stupides qu’ écouter Purple rain en relisant ses vieux textos (bourrés de fautes, au passage) ou regarder les photos de vos dernières vacances (où vous vous étiez fait chier comme des rats morts, mais ça, c’est encore bien planqué sous ta couche de sucre glace artificiel)  bref tu vas te vautrer sans retenue dans la commémoration pathétique qui va t’offrir enfin  la salvatrice crise de larmes, celle avec de la vraie morve dedans qui dévale jusqu’au menton, celle qui te flingue tout le rouleau de Sopalin, mais surtout, celle qui te donne la rage de remonter sur le ring. T’es en voie de guérison même si tu vas encore en bouffer un petit moment des soupes de sanglots et des plâtrées de gâchis-parmentier.

Round 3. Et Dieu (re)créa la femme.

Ou comment 62 jours de triste diète te rabotent le plus coriace des popotins. Et c’est que ça te réussit plutôt bien ! Le brouillard du deuil commençant à se dissiper, tu réalises enfin à quel point ta superbe a pris cher dans l’affaire. Tu vas laver ton honneur, bichonner, briquer cet amour-sale pour qu’il redevienne propre comme un sou neuf. Et que ça brille ! C’est le festival de Cannes dans ta chambre, l’explosion d’hormones femelles qui dégoulinent entre ton nouvel abonnement au Mooving et tes achats de lingeries compulsifs. Tu deviens blonde platine ou brune incandescente. Tu te fais tatouer un crâneur   »Catch me if you can » au creux des reins. C’est l’heure des bikinis percutants et des débordements de rouge à lèvres. T’es foutrement bonne, avec fougue et brutalité. Et fermement décidée à faire payer le monde. Celui avec une bite du moins. T’as une revanche à prendre, un affront à buter et les talons bien affûtés.

Round 4. Descente d’organe.

La bonne nouvelle, c’est que ton coeur-mignon n’a pas clamsé ! C’est juste que dans la tempête, tout secoué, il a dégringolé entre tes cuisses. Paye ta chute d’organe meuf. Se rappellent alors à ton souvenir quelques bonnes vieilles copines chagasses célibataires, cruellement négligées dans ta période maquée mais peu rancunières et motivées à mort pour aller vendre leur âme au diable. Et vous allez vous atteler, toi et ton équipée de malheur, à faire flamber tous les dance-floors de la région, les braguettes du pays et vos réputations avec.

[ Mon petit gars, si tu cherches la future mère de ta progéniture, t’en approches pas trop de celles-là, c’est des pures saloperies, des hyènes enragées, des vagins qui crient vengeance.Et si tu cherches rien du tout, alors amuse-toi bien.]

Round 5. Chassez la culotte de cheval, elle revient au galop.

Après la fièvre au corps, le retour aux fourneaux. (Aie, j’entends les FEMEN qui rugissent au loin.) Parce que le vent finit toujours par balayer les épluchures de nos désastres sentimentaux, parce qu’on ne peut pas vivre éternellement de colère et de jus d’hommes pressés, parce que finalement on aspire surtout à un bonheur tranquille avec des gâteaux au chocolat, des chat qui ronronnent au coin du feu et une bouillotte testostéronée au fond du lit.

Ce billet est pour toi que j’ai aimé avec fureur et maladresse, digéré et enterré. Non, je ne regrette rien.

@LilasGoldo

Une réflexion au sujet de « Bang bang. »

  1. une bonne rupture bien steak-sanglante ça forge le caractère et au passage, aide à mettre un terme au romantique amalgame ‘sentiment du Q = sentiment du myocarde’.

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