Les chafouines.

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Il y a quelques jours, lors d’une de mes innombrables descentes au coeur de l’internet malfamé, au détour d’un lien coupe-gorge, je suis tombée sur le Tumblr des Fils de Putes de la Mode. Comme son nom l’indique vaguement, la principale préoccupation de ces garçons bouchers qui grattent le papier au coupe-chou est la mode,  à laquelle ils livrent une bataille acharnée avec  pour principale cible à abattre sans pitié, les Plumeaux.Sorte d’American Psycho à la frenchie sauce dégénérée, ce blog est un havre de violence gratuite où ses bourrins de tenanciers gèrent leurs claviers à la kalachnikov au mépris de toutes règles de français correct et c’est bon comme le hurlement d’un punching-ball de foire qui vient de défoncer son meilleur high level.

Bien évidemment, ces rude boys qui flirtent, sans toutefois jamais copuler, avec  le borderline ne manquent pas de susciter moult chouinements chez les esprits chagrins non-munis de décodeur degré zéro qui, logiquement, ne peuvent comprendre que sous cette plume brutale ne se cache rien d’autre qu’un gang de doux utopistes qui rêvent d’un monde meilleur où chaque mâle pourrait prétendre à une belle paire de couilles en acier massif et une grosse moustache.

Bref, vous l’aurez compris, j’ai  le steak cardiaque qui grésille d’enthousiasme à la lecture de ces fils de putes de la mode. Cependant, je dois avouer une légère déception : bien qu’on y dissèque en profondeur le phénomène « Plumeau », son homologue féminin, « la Chafouine », est cruellement laissé-pour-compte. Défendant ardemment la parité homme/femme, je me devais impérativement d’y remédier en sacrifiant mon jour du seigneur à l’élaboration d’une étude sociologique de la tendance « Chafouine ».

Qu’est-ce qu’une Chafouine ?

( A l’attention de celles qui souhaiteraient embrasser une carrière de Chafouine : si tu es grosse, frisée et/ou pleine de joie de vivre, tu peux passer ton chemin, les portes dorées de la Chafouinerie te seront éternellement et hermétiquement closes. Mes plus sincères condoléances.)

La Chafouine, c’est tout sauf de la bonne meuf de base, fessue, poitrinée et glossée comme une Loana dans ses jours les plus fastes.

Petit être malingre, bien souvent vêtue de sombre, elle va sans faim, le ventre vide et l’haleine aigre.

Généralement affublée d’un blaz’ qui fleure bon les temps, hélas révolus, des monarchies ( Victoire, Appolline ou Bérénice par exemple) elle se distingue par une attitude un peu particulière ; la pauvre petite n’en finit plus de souffrir d’un transit intestinal salement  paresseux. Certains diagnostiquent le mal bien plus en profondeur, au niveau du bas-ventre et incriminent la queue des Plumeaux qui, rachitique, n’excellerait pas dans son travail de ramonage des intérieurs intimes. Quoiqu’il en soit, la Chafouine douille sa précieuse race et c’est la mine maussade et renfrognée qu’elle erre dans les beaux quartiers de la ville.

Bien que méchamment obstruée des trompes et du tube digestif, les fondements arrières de la Chafouine sont, en revanche,  étonnement bien dégagés ; c’est qu’Appoline ne rechigne jamais à une bonne sodomie made in The Kooples ou Zadig & Voltaire -pour ne citer qu’eux- ( tu sais bien, ces talentueux créateurs de serpillères qui coûtent un bras.) Elle est friande de leurs black slims qui sculptent si joliment sa jambe de grive, boulimique de leurs vestes en cuir taille 32 qui font semblant d’être vieilles, affamée de low-boots tellement so rock baby ! Et leur  pochette en peau de bébé vache cloutée, si merveilleusement conçue pour y ranger sa CB et un demi tampax ! La Chafouine se fantasme en sosie de Nancy Spungen (une Nancy qu’on aurait soigneusement brushée et récurée à la javel) et pour ce faire,  c’est toute pleine de bonne volonté qu’elle offre son postérieur à la mercantile enculade.

Un autre curieux paradoxe est à noter chez la Chafouine : bien que triplement issue de la Haute, elle s’exprime en verlan ! « La te-hon, j’ai ièp’ et j’me suis ièch’ dessus ! » ( trad : quel déshonneur, je suis victime d’une flatulence foireuse !) dira Bérénice qui vient d’abuser de cachetons brûle-graisse et qui coule de partout. C’est que la Chafouine, la délicate Chafouine, est fascinée par ce tiers monde inconnu qu’est la banlieue ! Endroit  qu’elle imagine regorgeant de rebelles et virils jeunes hommes qui la font délicieusement frémir de la culotte. (Elle a déjà vu NTM en concert !) Elle rêve de pouvoir un jour en apprivoiser un.  Écoutons donc un peu une des plus dignes représentantes de la Chaf’attitude, Lou Doillon :

« Un soir, à une fête Agnès b., il y avait Tricky que je ne connaissais pas, et il y a eu une embrouille qui a dégénéré. Quelqu’un a appelé les flics et mon premier réflexe a été de prendre Tricky dans mes bras car je savais que, avec sa tête, il allait se faire arrêter dans la seconde, et de le planquer chez moi. »

(Par « embrouille » il faut entendre que l’étourdi John-Edouard a malencontreusement marché sur le chausson Zizi Repetto de Constantin. Ndlr)

Et elle va parfois même, les lendemains de cuite,  pousser le vice d’une identification subliminale jusqu’à s’attifer d’un jogging en cachemire Bompard et d’une casquette Trucker (avec en dessous, les incontournables Wayfarer et le menton qui racle, plus que jamais, le trottoir de dédain.)

Comment la Chafouine occupe-t-elle ses journées ?

Même si la Chafouine passe une heure et demie tous les matins dans sa salle de bain pour mettre en place sa coiffure faussement désinvolte, n’allez pas pour autant croire qu’elle est totalement creuse !

La Chafouine a un travail, elle est Djette-styliste-photographe-compositrice (on sait pas de quoi mais c’est pas grave). Si on enlève le gros chèque que son daron a la bonté de lui signer tous les mois, elle ne gagne pas grand-chose, mais Victoire a sciemment fait le choix d’une vie d’ARTISTE, d’une vie de bohème. Frôler la précarité à 3 kilomètres, bien au chaud dans son petit appartement du XVIème, c’est tellement excitant !

Sinon la Chafouine aime beaucoup aussi retrouver son crew de Chafumeaux dans des petits cafés de bourges déguisés en tripots. Là, ils refont le monde, s’indignent suir la crise, la misère, le racisme, la dernière coiffure de Daphné Bürki. C’est pas parce qu’ils ont le cul généreusement bordé de nouilles qu’ils ne se sentent pas concernés ! Parfois,  la discussion s’enflamme et, au sujet de l’expulsion scandaleuse des roms, Bérénice particulièrement outrée ira même jusqu’à lâcher un rageur « c’est dégueulasse ! » Parce que ce sont des gens comme ça, généreux, entiers et altruistes.

Le soir venu, la Chafouine s’en va traîner ses bottillons pointus dans la poussière de hauts lieux underground-so hype-samère ou se faire péter la gueule à la sortie du Point Éphémère. Entre deux bières, un rail de coke, ça s’encanaille, recherche la dépravation désespérément. (n’oublions pas que c’est une fille follement rock’n’roll !) Elle finira par ramasser dans un coin, un Plumeau chétif qu’elle ramènera dans son lit. Ils fumeront quelques joints de drogue en écoutant du Sex Pistols, baiseront avec la sauvagerie d’un couple de petites souris au fond de son terrier et finiront par sombrer dans les bras de Morphée.

Punk’s not dead quoi.

@LilasGoldo

2 réflexions au sujet de « Les chafouines. »

  1. tes billets sont supers. Je suis un homme et donc je ne suis pas d’accord avec tout(forcément) mais j’aime ton style entre réalité caricature et humour bien acide…J e pense que tes articles peuvent effectivement faire avancer les choses. En espérant en lire davantage

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