Pauvre conne

anne geddes

Anne Geddes

« Pauvre conne »
Ce sont les mots employés par un des mes contacts Facebook pour résumer la stupidité sans fond d’un article paru dans le Huffington Post Québec.
Laconique et cinglant à souhait, c’est en courant que je m’en fus voir de quoi il retournait. Tu penses bien.
Je ne vais pas être déçue.

Le billet s’intitule « T’as pas d’enfant, tu m’en dois une ! » et est écrit par Bianca Longpré « Blogueuse ici, maman là-bas, productrice entre les deux »
Tu le sens venir le petit rototo de lait caillé ?
Bianca souffre d’un trop plein de bonheur. Depuis qu’elle est née dit-elle, elle ne cesse de recevoir des pelletées d’amour, de câlins, d’attention, ça déborde de tous les côtés. Et pour ne rien arranger à ce tsunami de miel et de guimauve, Bianca aujourd’hui adulte, peut se targuer de posséder une santé de fer, un « belle job », une situation confortable, des amis fidèles et bienveillants et, cerise sur la pièce-montée, un « chum » (mec) charmant et plus que dévoué.
On nage en plein chocolat viennois.
Et Bianca n’en finit plus de nous balancer toute sa chance inouïe en pleine gueule avec l’élégance d’un américain qui boufferait un Paris-Brest devant une flopée de petits somaliens.
Cependant, n’allez pas croire que madame subit passivement tous ces assauts de joie de vivre, d’éclats de rire et de conviviales raclettes, n’allez pas croire qu’elle a baissé les bras et se contente de se prélasser dans cette existence faite de soie et tissée de fil d’or.
Non.
Madame cogite et elle a des choses à dire.
Quelques petites réclamations à faire aussi.

Bianca a bien conscience que garder égoïstement tout ce bonheur pour elle, c’est un peu indécent et va donc réfléchir à la meilleure façon d’en redistribuer une partie autour d’elle. Comment ? En allant servir des soupes chaudes aux clochards de sa ville ? En tricotant des moufles pour les nécessiteux du Bangladesh ? En parrainant une petite sénégalaise ?
Absolument pas.
La seule et unique façon selon Miss Longpré de partager, de donner de son cœur et sa personne, c’est de faire des mômes. La générosité d’une personne ne peut s’exprimer QUE dans la procréation. Et c’est la raison pour laquelle elle a décidé de se transformer en pondeuse semi-industrielle.
Patience, le feu d’artifice de la connerie ne fait que commencer et la maman-blogueuse-productrice-d’ici-là-bas ne compte pas se limiter à son point de vue personnel, elle a un message universel à faire passer ;
Elle assène alors, toute pleine d’une confiance qui confine à l’arrogance (quatre mioches au compteur, ça en impose vous en conviendrez) « Pourquoi des gens décident de tout garder pour eux ? De ne pas partager et redonner à la prochaine génération ? On ne parle pas d’aller au cinéma avec un neveu là. On parle d’avoir des enfants. De redonner pour vrai.» avant de persister, la bêtise crasse en roues libres « Je crois que l’égoïsme est ce qui se cache derrière les gens sans enfant. L’égoïsme et la peur des responsabilités. Parce qu’avoir des enfants c’est la seule façon de vraiment redonner au suivant (…) »
Tu es stérile ? Rien à battre, c’est un tir groupé.
Vous pensiez que c’était le bouquet final ?
Et bien pas du tout.
On continue, Bianca n’a pas encore fini de cracher son venin sur les méprisables « sans enfant » sur « ceux qui choisissent de pouvoir dormir le matin » Les odieux salopards.
Oui parce que c’est bien beau tout ça mais « avoir des kids c’pas de la tarte » déplore la blogueuse (re)productrice, qui estime faire une montagne de sacrifices « En éduquant et en élevant 4 enfants nous offrons à la société ce qu’il y a de plus important, la base de toute société: une relève.(…)  j’offre énormément à ceux qui n’ont pas d’enfant… Je travaille pour eux. Je contribue au futur de la société » chouine t-elle comme si le monde n’était pas au bord de l’implosion pour cause de surpopulation, puis d’enchaîner toujours avec cet aplomb insupportable de nantis « Et plus tard, dans 30 ans, qui fera tourner l’économie ? Qui seront les prochains médecins, infirmières, ingénieurs, qui seront les prochains travailleurs: le fruit de nos sacrifices, nos enfants » On notera qu’il n’est nullement question de femmes de ménage ou de maçons – totalement inenvisageable pour une snobinarde de cette espèce – et qu’elle omet soigneusement d’évoquer les mamans de Guy Georges ou Mohammed Merah qui pourtant ont dû, elles aussi, s’en taper des bronchiolites nocturnes et des couches pleines de merde avant de nous léguer leur monstre.
Tous ne finissent pas chirurgien ou prix Nobel de la Paix.
La conclusion de cette diatribe délirante – ou le bouquet final, on y est – ne se fait pas attendre, accrochez-vous bien : « Dans 30 ans, ceux qui ont décidé de ne pas avoir d’enfant vont quand même toucher leur retraite, vont profiter des services sociaux, des services publics, etc… Les gens qui « n’étaient pas faits pour avoir des enfants » vont profiter des mêmes avantages que ceux qui ont dû faire plusieurs sacrifices en ayant des enfants. Est-ce juste ? (…) Est-ce que les parents ne devraient pas profiter d’avantages ? Je crois que oui » tempête t-elle avant d’exiger, au firmament d’une suffisance ahurissante « En tant que mère et contribuable, je considère donc que j’ai droit d’être reconnue comme une contribuable supérieure, comme tous les parents. Oui mesdames et messieurs, l’élite, ce sont les parents.
Gens sans enfant, vous nous en devez une ! »
Consternation profonde.
Que d’acides régurgitations pour quelqu’un qui se prétend tellement heureuse.
Et un dernier petit uppercut pour la route : ce papelard plein de prétention obtuse, d’intransigeance brutale, de discrimination tranquille a récolté 29 000 « j’aime »
29 000 putain de « j’aime ».

Dis-moi Bianca Longpré, comment envisages-tu la traque, cette chasse aux sorcières infertiles ? Doit-on mettre dans le même panier ceux qui ne veulent et ceux qui ne peuvent pas avoir d’enfant ? Comment les différencier sans violer les intimités les plus profondes ? As-tu bien conscience qu’il sera assurément plus aisé de pointer du doigt les femmes que les hommes non-procréateurs ? As-tu bien conscience que tous les extrémismes dévastateurs, tout comme toi, voient ou ont vu la diversité comme un parasite nuisible ? As-tu bien conscience des dérives glaçantes que pourraient entraîner tes revendications aussi absurdes que capricieuses ? Penses-tu vraiment que des femmes comme Frida Kahlo, Hannah Arendt, Anaïs Nin ou Simone de Beauvoir, qui n’ont pourtant déposé aucune petite crotte génétique sur cette Terre, ne nous ont rien laissé de digne d’intérêt ? Une montée de lait t’aurait-elle ravagé le cerveau ?

Lilas Goldo

 

Je ne pourrais jamais être la zouz du Prince William.

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Pour pouvoir être duchesse de Cambridge, deux qualités me semblent impérativement nécessaires : être belle et élégante comme un mannequin de vitrine Marks & Spencer et posséder un caractère qui avoisine en puissance celui d’un balai Swiffer.
Alors que tant de filles, jeunes et moins jeunes, s’extasient, toutes frémissantes d’admiration, sur la vie de princesse de Kate Middleton, j’éprouve pour ma part à chacune de ses apparitions, un immense sentiment d’incompréhension.
Et un peu d’effarement aussi.
Comment peut-on fantasmer sur une vie régie jusque dans ses plus infimes détails par des protocoles aussi lourds qu’obsolètes ?
Comment peut-on rêver d’une telle existence où le moindre pet requiert une autorisation spéciale de la Queen Mum pour être lâché ?
Moi là-dedans, j’explose en deux jours et demi ; je liquide la Couine Mémère tyrannique, je fous le feu au palais et je m’en vais achever par noyade ce conte de princesse-mon cul dans le pub le plus glauque et minable de la ville.
Elle est bien gentille Kakate, moi j’vous l’dis.

« On est gentiment prié de garder son balai dans le cul jusqu’au bout de la nuit »

Déjà le mariage m’avait plongée dans un état de grande consternation.
Sourire figé et yeux hagards, Kate passe la journée à faire des coucous mécaniques avec la main. Le clou de cette cérémonie polaire sera un furtif baiser aussi brûlant qu’un frigidaire Bosch et devant une telle pénurie d’effusion, je m’interroge : l’ont-ils droguée ?
Affublée d’une couronne de quinze kilos sur la tête et d’une traîne de trois kilomètres à l’arrière, j’imagine la Reine Mère ordonnant « Mettez-lui du bien lourd et du bien encombrant, qu’on soie sûrs et certains qu’elle ne puisse s’échapper ! » Sait-on jamais, des fois que la petite soit soudainement frappée d’un sursaut de lucidité.
Toutes les mamies du monde entier et Stéphane Bern s’émerveillent devant la robe de la mariée – col roulé, manches aux poignets et longueur « terroriste » – mais l’enthousiasme est de courte durée et Kakate bien vite éjectée au second plan par l’arrière-train, nettement plus glamour, de sa frangine Pippa pendant que de l’autre côté, le tailleur jaune fluo de la Reine Mère hurle comme un gyrophare.
La duchesse encaisse, reste stoïque ; elle n’en est plus vraiment à une humiliation près.
A-t-elle conscience à ce moment-là que désormais sa vie ne sera plus qu’une longue succession de contraintes et d’abnégation au profit de la bienséance monarchique ? Les coucous qu’elle continue imperturbablement de faire avec la main, sont-ils en fait des adieux silencieux à toutes ses libertés ?
La soirée sera toute aussi débordante de joie austère : pas de bonnes copines pour ambiancer la piste de danse, pas de bons copains pour faire des blagues potaches et encore moins de chenilles ou de verres gaiment fracassés. On est gentiment prié de garder son balai dans le cul jusqu’au bout de la nuit. Le moment le plus fort de la noce restera assurément la reprise à la cornemuse du célèbre « Another day in paradise » de Phil Collins et à 22h30, tout le monde sera au lit.
J’espère sincèrement que la nuit nuptiale fut chaude bouillante, qu’ils ont baisé comme des sauvages pour rattraper au mieux cette désastreuse journée.
Mais à vrai dire, j’en doute un peu.

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Les mois passent, la toute neuve princesse se vautre dans un état de docilité qui frise le masochisme mais trouve tout de même le temps entre deux distributions de boîtes de chocolats dans des hospices pour vieux séniles, de pondre un premier Royal Baby.
Ses aptitudes à la soumission forceraient presque le respect, elle s’applique à jouer son rôle sans vagues ni remous, jamais un cheveu de travers, le chemisier impeccablement repassé, sa vie toute entière semble être une version hardcore de Fifty Shades of Grey.
Mais sans les scènes de cul évidemment.
Je n’attends pas d’elle qu’elle s’engage auprès des Femen mais je trouve que toute cette notoriété qui ne sert à rien d’autre que nourrir, jusqu’à l’obésité, la presse « raclure de bidet » c’est tout de même un gâchis immense.

« Putain de merde, est-ce que tu peux avoir envie de godasses à talons quand tu viens de te faire bousiller les chairs et les entrailles ?! »

Enfin, venons-en à des faits plus récents ou l’avènement du second Royal Baby.
Mettre au monde un enfant reste une chose d’une merveilleuse banalité.
Pendant que Fatou accroupie dans la poussière du Nigeria, sous le chant des balles de Boko Haram, s’active à expulser le sien, Kate, dans la chambre de sa clinique aseptisée s’attèle exactement à la même tâche à la différence qu’en fond sonore, c’est Adèle qui s’époumone.
Et parce que le monde est bizarrement fichu, sans doute aussi en mal de rêves et d’histoires douces, c’est vers cette dernière que tous les regards sont braqués.
Il faut reconnaître que le spectacle que le british royaume nous donne à voir est tout bonnement fascinant : un homme, une femme – qui fait encore et toujours coucou avec la main – et un lardon qui ressemble à trente mille autres lardons fraîchement démoulés.
Quelques heures seulement après la délivrance, Kakate est jetée en pâture à la meute affamée de journalistes qui s’agglutinent devant la maternité. Et là j’ai envie de dire que le traitement qu’on lui a visiblement fait subir, c’est limite-limite de la maltraitance : combien d’heures de préparation, de lavage de cheveux, de brushing, de maquillage lui ont-ils infligées ? Ils ont poussé le vice jusqu’à l’accoutrer de godasses à talons. Putain de merde, est-ce que tu peux avoir envie de godasses à talons quand tu viens de te faire bousiller les chairs et les entrailles ?! A ce régime-là, je me demande si je ne préfère pas encore accoucher dans la poussière du Nigeria et repartir tranquille-pépouze en tongs… ?
Même sur le prénom de sa propre progéniture, Kate n’aura pas son mot à dire. Charlotte en hommage à Charles, le grand-père paternel, Elizabeth en hommage à l’infernale et omniprésente Queen Mum et Diana en hommage à la grand-mère paternelle (RIP). Et tiens, prends-toi dans les dents ta condition de petite roturière non-digne d’intérêt.

« Cette destinée de poupée Barbie neurasthénique »

Si j’avais dû être la zouz du prince William, j’aurais craché avec vigueur sur cette destinée de poupée Barbie neurasthénique.
J’aurais trouvé absurde d’obtempérer aux ordres d’une vieille de 90 piges qui porte des tailleurs rose bonbon et une couronne sur la tête.
J’aurais refusé de me plier à ce Disney-simulacre et d’alimenter les complexes de milliers de fraîches mamans.
Je me serais opposée violemment à l’idée d’exhiber à la foule en délire mon bébé de quelques heures à peine.
Je me serais seulement fendue d’un simple communiqué de presse – une photo – juste histoire de calmer les médias.
Juste histoire de recadrer un peu les priorités.

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@ Lilas Goldo

Génération Fast-Sex, génération perdue ?

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« Venez comme vous êtes ! » disent-ils, alors tu viens avec ton vieux leggings qui poche aux fesses ou tes baskets qui puent la mort, tu viens sans trop d’effusion, ni d’enthousiasme.
La commande est sans surprises, tu la connais par coeur, tu la récites d’un trait sans même avoir besoin de reprendre ta respiration.
Les lieux sont insipides, l’air chargé de graillon, les tables poisseuses, la clim’ branchée en mode polaire.
Bouffer pour bouffer. Vite fait, mal fait. Parce qu’il le faut.
Repartir le ventre certes plein mais un peu nauséeux.
Tout en sachant que dans une heure ou deux, la dalle reviendra cogner le fond de tes entrailles.
Je veux parler des histoires d’amour que vous avez assez piteusement transformées en baise hygiénique, en fuckfriending ou plan cul régulier.
Génération fast-sex ou la tristesse et les sanglots longs des culottes froides, des coeurs anesthésiés.
Un peu souvent je trouve, la petitesse de vos ambitions coïtales me désespère.

À défaut de pouvoir capitaliser les sentiments, on a tinderisé les relations.

À bien y réfléchir, la seule et unique chose qui reste gratuite en ce fichu monde rongé par la cupidité, c’est les élans du coeur, les sentiments.
On peut s’acheter une nouvelle paire de loches, une pipe ou commander, moyennant une bonne liasse de dollars, un bébé blond aux yeux bleus. L’amour lui, envers et contre tout, reste immuablement ce désinvolte enfant de saltimbanques que rien ou presque ne peut corrompre.
Mais les marchands, les spéculateurs en tout genre sont des êtres rusés et obstinés : « Le coeur est une forteresse financièrement imprenable ? Très bien, nous passerons par les culottes ! »
Et c’est ainsi que naquirent des concepts aussi dingues que Meetic, Adopte un mec ou Tinder.
Pour attirer le chaland, on y agite avec vigueur un petit chiffon rouge – la couleur de l’amour – mais à y regarder de plus près, ce petit chiffon rouge n’est bien souvent rien d’autre qu’un vulgaire string en fibre synthétique.
Et le subterfuge fonctionne au-delà de toutes espérances : parée de son honorable robe sentimentale, la consommation sexuelle s’impose comme une denrée impérativement nécessaire au bien-être de chacun et se met à déborder allègrement du cadre de ces applications de rencontre pour s’implanter comme une évidence universelle. Les médias, les publicitaires, bien conscients de l’enjeu économique que représente la chose nous le serinent chaque jour, à toutes les sauces – surtout la blanche et sans oignons – ; baiser prolonge l’espérance de vie, fait maigrir, soigne l’acné, les verrues et la dépression…
Sexez, sexez frénétiquement pour être heureux !
Ce sexe facile à portée de clic, il serait criminel de ne pas en jouir jusqu’à la lie.

Fast mais si peu furious génération.

Cette génération, c’est pas la fureur de vivre et d’aimer qui l’étreint et dans ce contexte actuel de morosité chaotique, elle s’attache surtout à survivoter dans l’urgence.
Ça ira mieux hier, demain reste incertain
Petite jouisseuse au bonheur précoce et fragile, un brin tire-au-flanc, un chouia résignée et désabusée, cette génération ne pouvait que s’engouffrer tête la première dans l’habile stratégie de ces petits shoots d’extase à la commande.
Dans une société qui érige la quantité, la performance et le rendement en piliers de la réussite, pourquoi encore s’attarder sur les fastidieux mécanismes du coeur ? Pourquoi se lancer dans un jeu de séduction long et laborieux alors qu’il suffit d’activer sa géolocalisation ou de textoter son plan cul pour atteindre un orgasme dans les deux heures qui suivent ( si tu négocies avec doigté ton affaire ) ?
Toute femme libre et moderne se doit d’avoir au chaud dans son répertoire une ou deux bites aimables et serviables.
On a pris soin de convaincre la gent féminine que leur émancipation face aux diktats patriarcaux ne se ferait pas sans libération sexuelle. Doux leurre, qu’elles avalent sans broncher. Leurs levrettes prennent certes des allures de chevauchées sauvages mais le mors et la bride sont toujours bien là. Sois belle, sois jeune, sois désirable demeurent les maîtres mots de ces relations exclusivement épidermiques.
L’homme lui, est devenu un lion en captivité à qui on livre chaque jour des tranches de gazelle sous cellophane. Le testostérogramme à plat, les couilles pleines d’ennui, l’obésité qui guette. le fauve n’a plus qu’à pleurer ses dernières larmes entre des cuisses anonymes.
Pauvres bêtes.

L’ère des rétines qui bandent comme des taulards et des cardiogrammes qui somnolent.

Est-il venu le temps des sentiments tenus en laisse ? Le temps flippant, des copulations robotiques ?
Dans le fracas des halètements et des cris de jouissance – réels ou sur Youporn -, dans le brouhaha de cette course effrénée à l’orgasme impérieux, dans le boucan des téléphones qui sonnent, des ordis qui bourdonnent, on n’entend presque plus le chuchotement du désir, le bruit des gens qui s’aiment.
Nom d’un chien, où sont passés les battements de vos coeurs ?
Peut-on être heureux un jeudi sur deux dans des draps dénués de toute âme, entre 17 et 19 heures ?
J’en doute.
La solitude fait rage et la vente d’antidépresseurs ne s’est jamais aussi bien portée qu’aujourd’hui.
Les nouvelles technologies sont un outil fabuleux mais à double tranchant ; la tentation – incluant la lancinante impression que l’herbe est forcément plus verte ailleurs – y est omniprésente et la vacuité des possibles peut vite devenir enivrante. On pense à ce qu’on rate, plus à ce qu’on a.
On court après un idéal qui n’existe que sous filtres Instagram, l’amour est devenu une injonction qui exige un paiement cash en liquide séminal, orgasmes et tressaillements.
Au risque de paraître brutalement fleur bleue, je ne comprendrais jamais cette génération qui préfère aller au MacDo tous les jours plutôt que chez Ducasse une fois par semaine, cette génération qui se contente de ces coïts du dépit, cette génération aux ambitions sèches et demi-molles.
Je ne saurais jamais comment vous faites pour baiser sans mettre un peu d’amour dedans.
Soyez fous bon sang et prenez le risque d’aimer !

Texte écrit pour dafouk.com.

HUMOUR : Si les hommes pouvaient tomber en cloque.

 

bebe chat

Il est bien connu de tous que l’homme chasse au péril de sa vie, des sangliers dans la savane pendant que la femme alanguie devant sa coiffeuse, peigne sa longue et belle chevelure en chantonnant du Jean-Jacques Goldman.
Là-bas, tout est neuf et tout est sauvage, libre continent sans grillage…
Et mon cul, c’est du poulet mariné à la basquaise.
(y a des tempêtes et des naufrages...)
Alors qu’un repas entre femmes ministres se transforme irrémédiablement en « dîner entre copines », alors que les femelles restent d’incorrigibles pipelettes frivoles obnubilées par leur brushing, alors que le monde ne tourne que grâce à la puissance des biceps masculins, j’avais envie de nous confectionner une petite sucrerie à laisser fondre sous la langue, à déguster avec des rires gras dans la gorge. Entre copines évidemment.
Moelleux aux deux chocolats enrobé de caramel et son coulis de white spirit : et si les hommes pouvaient tomber en cloque ?

Avant toute chose, commençons par leur flanquer des règles douloureuses et abondantes. 
(et comme je ne suis pas une méchante fille, je leur collerais aussi une paire de loches qu’ils pourront se tripoter à loisir. Un peu de réconfort pour les très sombres moments qui s’annoncent.)
Chacun sait qu’il est fort malaisé pour nos amis à bites de se projeter plus loin que l’heure qui suit et plus encore lorsque les événements à venir revêtent un caractère moyennement réjouissant. Ils auront violemment tendance à zapper le repas de dimanche prochain chez belle-maman par exemple, mais n’oublieront jamais, Ô grand jamais, que les festivités footballistiques brésiliennes débutent le 12 juin à 22 heures battantes. Bref, ils possèdent une mémoire qui fluctue fortement au gré de leur affect.
Chacune sait également, à quel point les menstrues peuvent être sournoises et putassières. Surtout les toutes premières ! Tour à tour silencieuses et torrentielles ou sèches et capricieuses, elles s’en donnent à cœur-joie pour mettre les nerfs à fleur de peau, pour saccager les patiences les plus émérites, pour labourer les ventres les plus endurants.
Si les hommes devaient subir ça, nous assisterions chaque mois à des hordes de mâles pris au dépourvu d’une arrivée sanguinaire impromptue, errant hagards, la mine ravagée, des tâches géantes collées au fond du froc.
Bien sûr, le gouvernement ne pourrait rester insensible devant un tel spectacle de désolation et s’empresserait d’instaurer un congé menstruel pour toutes ces pauvres âmes en déroute, creusant ainsi plus profondément encore, le déficit budgétaire de la France… Mais comment faire autrement ?

Prise de contraceptif chez le sujet masculin : vers une flambée démographique ? 
Assurément. Sans aucun doute.
L’homme est vilainement enclin à l’étourderie. Il oublie notre anniversaire, le chien dans la bagnole par temps de canicule (quand c’est pas les enfants…) et en est à son quatrième achat de chargeur-téléphone. Serait-il capable de prendre scrupuleusement, chaque jour à la même heure cette foutue pilule ? Je ne crois tristement pas.
Et pour ne pas arranger notre affaire, Dame Nature a doté l’homme de pulsions reproductives qu’il ne peut – presque pas – contrôler. (d’où les moult frottages dans le métro, les innombrables mains baladeuses en quête de fesses à féconder, les mots doux de rue à visée copulative etc) Autant la femme, cette chieuse invétérée si peu préoccupée par le devenir de l’humanité, va se permettre de refuser un coït sous des prétextes aussi futiles qu’une paire de jambes non-épilées, une culotte un peu pourrie ou un oubli de pilule la veille, autant l’homme lui, est viscéralement programmé pour assurer vaillamment, envers et contre tout, la survie de notre espèce.
Au vu de ces deux éléments, il y a fort peu à parier que si nous confiions la gestion du flux des naissances à la gent masculine, non seulement nous serions témoins d’une explosion de grossesses pas forcément désirées (Coucou le trou de la sécu ! Tu vas voir, il va prendre cher dans notre histoire.) mais aussi d’une inquiétante recrudescence de jeunes adolescents « enceints » (Coucou le trou de la CAF !)

L’homme peut-il survivre à une grossesse, un accouchement ? 
Connaissant la fâcheuse propension du rhume masculin à fatalement se transformer en cancer du cerveau, permettez-moi d’en douter légèrement.
Faut du cœur et faut du courage mais tout est possible à mon âge…
Après trois semaines d’aménorrhée, terrassé par d’abominables nausées – presque à l’article de la mort donc – l’homme en cloque, jambes en coton et cœur au bord des lèvres, serait dans l’inévitable obligation de quémander un arrêt maladie à son médecin traitant. Le premier d’une longue série. Les grossesses sont jalonnées de maux de dos lancinants, de jambes lourdes au bord de l’explosion, de feux gastriques et autres joyeuseries. Et une bonne grosse pelletée de plus dans le trou d’la sécu, une !
Dans les rares moments de répit que daignera lui accorder cette éprouvante épopée gestationnelle, l’homme en cloque saura t-il résister au besoin irrépressible de se détendre un peu, esquiver les traquenards alcoolisés tendus par ses amis, ignorer le petit pet’ qui tourne sous son nez ou les huîtres moyennement fraîches ?
Rien n’est moins sûr.
L’homme en cloque serait il capable de se souvenir des innombrables et pénibles rendez-vous chez l’obstétricien ?
Mmmm..
Cette future génération engendrée par des ventres mâles à l’hygiène de vie pas forcément irréprochable, est-elle vouée à n’être qu’à trois pattes, siamoise et grandement prématurée ?
Je n’ose répondre à la question, je me sais à deux doigts de la lapidation.
Quand viendrait l’heure fatidique, l’heure cruelle et sans pitié, l’heure d’expulser leur steak haché braillard, combien s’en relèveraient ?
J’imagine déjà les trop nombreuses stèles commémoratives érigées un peu partout à la mémoire de tous ces hommes héroïques « Morts en couches pour la France »

Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants…? 
T’as qu’à croire.
Les femmes, ces viles garces écervelées, lassées de ces hommes flapis et mi-mourants fuiraient inexorablement vers des contrées plus jeunes et vigoureuses. Plus rigolotes aussi (on n’a qu’une seule vie, faut en profiter bordel).
J’ai beau te serrer dans mes bras, tu m’échappes déjà là-bas…
Des hommes et leur marmaille borgne et clopinante livrés à eux-mêmes.
Un trou de la sécu plus profond encore que celui de Jesse Jane.
Une CAF à feu et à sang.
Un pays à terre.
Tu veux un verre d’eau ?

Un homme indigné : putain mais c’est bourré de gros clichés misandres ton truc Goldo ! 
Goldo (moi donc) : rhoo ça va, détends-toi un peu, c’est de l’HUMOUR ! T’as tes règles ou quoi ?! 

@LilasGoldo

Quand le féminisme chavire dans les eaux radicales.

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 Ce billet n’a pas été écrit sous une quelconque contrainte et son contenu n’engage que moi, Lilas Goldo, chromosomes XX
(et ta mère et tes sœurs aussi un peu)

A chacune ou presque de mes publications, je dois essuyer une volée de remarques sous forme de commentaires, de mails, de tweets ou de messages persos, plus ou moins cinglants, plus ou moins violents en provenance d’un mouvement qui a salement tendance à vouloir se propager : le féminisme radical ou les éoliennes enragées.
Le flot de leur rancœur est si dense et obtus que j’ai dû vite me résoudre à abandonner l’idée de répondre personnellement à chacune (chacun parfois) sous peine d’y perdre toute mon énergie, mon temps et ma foi en l’humanité. Et je laisse donc courir.
Cependant, la récurrence, pour ne pas dire l’acharnement, de ces « agressions »  martèle inconsciemment mon être et lorsque je me retrouve devant mon ordi, prête à rédiger un billet, je ne peux m’empêcher d’appréhender leurs réactions à venir, je suis frustrée de ne pouvoir y répondre concrètement et je m’en veux de subir sans rien dire ce harcèlement psychologique.
Qui ne dit mot consent.
Plutôt crever.
Ce papier est pour toi, féministe extrémiste, féministe qui s’est clairement égarée en cours de route, féministe mue par la colère qui n’œuvre non pas pour le respect, la dignité et le droit des femmes mais juste contre la bite.

Je refuse de me plier à ce féminisme qui veut m’ordonner comment penser, m’épiler, baiser ou aimer. 

Crois-tu vraiment que je me casse le cul à m’affranchir des diktats patriarcaux pour venir ensuite lamentablement me jeter dans la gueule, toute aussi béante et tranchante, de ton féminisme despotique ? Féminisme qui me réduit continuellement en victime, en petite chose fragile fatalement manipulée par le Grand Méchant Loup et qui refuse de voir en moi autre chose qu’un utérus sur pattes, un être humain à part entière. Féminisme qui tente de ligaturer ma liberté d’expression en brandissant des pseudo-arguments de culpabilisation. Féminisme qui me ridiculise en prétendant parler au nom de toutes les femmes et dont le discours se résume à un rageur « Je veux être calife à la place du calife ! » discours aussi constructif et perspicace qu’un beau caca nerveux sur le tapis du salon. Féminisme qui m’aboie dessus à longueur de vie : « OSEZ LE CLITO ! » « STOP A L’ÉPILATION ! » « TRIPOTEZ-VOUS ! »
Non, désolée mais je ne souhaite pas m’enrôler dans ton armée de petits soldats à ovaires, j’ai d’autres ambitions que celle de devenir ta chair à canon. Encore désolée mais j’ai la prétention de croire que je suis autre chose qu’un agneau à gros seins. Vraiment désolée mais mon vagin ne fait pas de moi, une pâte à modeler dévouée à tes capricieuses convenances.

Je ne dis pas que le sexisme, les atteintes faites aux femmes n’existent pas, juste que tes armes pour tenter d’y remédier sont si grossièrement affûtées qu’elles finissent par se retourner contre toi et la cause même que tu prétends défendre. 

Bien sûr que les abus de la toute puissance masculine existent même que tu en es, féministe toute pleine de fureur, sa preuve irréfutable, sa plaie sanguinolente qu’on ne saurait pas voir. Au risque de fâcher, je vais dire sans détour ce qui me semble entraver une lutte intelligente : bon nombre d’entre vous souffrent visiblement d’une expérience douloureuse, d’un traumatisme, sont ou ont été victimes, d’une façon ou d’une autre, de cette domination patriarcale et réclament une vengeance avant même une réelle égalité des sexes. Ta seule motivation tangible reste la haine. Mais bordel de merde, on ne construit rien de solide avec la haine, la haine est un ciment friable. La haine t’aveugle, te faisant tomber dans un pathétique mimétisme, te faisant prendre ces armes que sont la force et la violence, les tentatives d’intimidation, ces armes qui ne sont rien d’autres que celles utilisées par ceux-là même que tu accuses. Inconsciente, tu détruis à coups de mots lapidaires, rageurs et bornés des années de lutte pertinente, à coups de pioche, tu creuses chaque jour un peu plus, le fossé de la discorde. En instaurant le non-dialogue et ta pensée unique, tu distilles frustration et colère ou les mamelles nourricières de la guerre, tu ne fais qu’attiser les braises déjà brûlantes du sexisme et les femmes en deviennent ton principal dommage collatéral.
La haine n’est qu’un gage de faiblesse. Trop d’affect nuit aux facultés de discernement, il faut cesser de penser avec ses tripes, le féminisme ne doit pas être une psychothérapie personnelle s’il veut être efficace. Le féminisme ne doit pas être impulsif mais réfléchi. Guéris tes blessures avant de vouloir en faire une cause nationale.

 Je veux croire en une complémentarité équitable des sexes et non pas en une dualité puérile, en un rapport de force vain et usant.

Je veux me battre pour une parité homme/femme non pas pour imposer un pouvoir matriarcal.
Je n’ai pas honte de dire que j’ai besoin des hommes. Tout comme eux ont besoin de moi. Voilà pourquoi je refuse ce féminisme qui veut en faire des ennemis. C’est pas d’une guerre qu’on a besoin mais d’un règlement intérieur qui définisse la place de chacun pour une cohabitation juste et équitable.
Tu dois maintenant admettre une chose, une base ; les femmes n’auront jamais de bite, tout comme les hommes n’enfanteront jamais et l’un ne peut aller sans l’autre. C’est comme ça depuis la nuit des temps, tes sanglots longs n’y pourront rien changer.

Et pour ceux qui s’interrogent encore sur la nature du phénomène que j’incrimine, un article qui illustre à merveille les dérives effrayantes de ce féminisme vicié : « Le vagin n’est pas un organe sexuel. (Pas plus que l’anus ou la bouche). »

@LilasGoldo

Virginie Despentes, TAIS-TOI !

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Nouveau coup de gueule de Miss Vénère Despentes qui s’improvise, en toute modestie, critique littéraire, s’indigne au sujet du traitement de faveur qui serait accordé par les médias au livre de Marcela Iacub et ce au détriment de celui de la pauvre Tristane Banon. (Les deux ont eu la fructueuse lumineuse idée d’écrire sur DSK) puis termine sa virulente diatribe par une hargneuse conclusion où il est question de sexisme qui gangrène le milieu médiatique, de diktats patriarcaux et, bouquet final,  d’une demi-menace à l’encontre des mecs qui risquent bien un jour de le payer très cher. DUR A AVALER. Ça la fout drôlement en rogne tout ça à la Ninie, et comme elle s’est un peu auto-proclamée porte-parole des opprimés, des minorités, des faibles et des victimes (des femmes donc), ni une, ni deux, elle s’en va le vociférer bien haut dans une belle (et payante) tribune parue dans le Monde des Livres. (oui, parce qu’il existe encore, malgré tout, quelques médias gentils, voyez-vous.)

Dois-je nous le rappeler, il y a quelques mois de ça, dans le tourbillon des débats provoqués par le mariage pour tous, Virginie Despentes était déjà montée au créneau en trucidant invectivant violemment Lionel Jospin qui avait eu l’outrecuidance de poliment donner son avis sur le sujet. Alors oui, les intentions de Virginie Despentes sont, certes, des plus louables mais quand comprendra t-elle que sa pute d’agressivité la dessert plus qu’autre chose ? Et grandement. On ne force pas à boire, en lui gueulant dessus, un âne qui n’a pas soif.

 

Voilà maintenant 20 ans que dure la crise d’adolescence de Virginie Despentes. Oui, 20 ans déjà depuis sa première et impétueuse injonction « Baise-moi ». Jeune punkette louvoyant entre hôpital psychiatrique, came et peep shows (c’est abondamment répété dans ses diverses biographies.)  fille à la décadence bruyamment assumée, le phénomène était d’un genre tout neuf en ces débuts d’années 90 (Lolita Pille et ses copines pionçaient encore, innocemment, au fond de leur mignon petit berceau à cette époque) délicieusement subversif, il n’en fallut pas plus pour que le petit monde littéraire s’émoustille avec frénésie et que Despentes soit propulsée cheftaine de file d’une génération, classée d’office, paumée, chaotique et destroy. On ne s’embarrasse pas de détails pour fabriquer de la « légende » hein. A ce moment précis, Virginie, l’écorchée qui beugle en mini-jupe et collants déchirés, a encore pour elle le touchant prétexte de son jeune âge pour justifier ses maladresses.

Entre nous soit dit, même si j’en ai compris les douleurs, je n’ai cependant jamais su me laisser émouvoir par l’oeuvre de Despentes. Les cuisses ouvertes et le coeur à tout vent, Virginie braille sa souffrance. L’exhibition brutale de plaies sanguinolentes m’a toujours laissée de marbre et dans ma ‘tourmenture’adolescente, je me suis bien plus retrouvée dans les maux pudiques, les mots si justes de Carson McCullers, par exemple.

 

Mais comment négocier le délicat virage de la quarantaine, quand on a fait des affres de l’âge ingrat son fond de commerce ? Peut-on encore être crédible à 40 ans avec les mots de ses 20 ans ? Pas loin d’un demi siècle et toujours la révolte qui gronde au fond du ventre, Despentes n’en finit plus de cracher ses colères et me fait grésiller les nerfs. Non pas que ses causes me laissent indifférente mais cet étalage de mots crus et fonds de culottes m’insupporte au plus haut point. Elle a ouvert la brèche du verbe qui cingle comme un coup de fouet, de l’écriture qui mord comme un chien enragé. Brèche dans laquelle, une armada de meufs énervées s’est bien vite engouffrée, persuadée que ça serait la meilleure façon de faire entendre leurs revendications féministes et qui ne communique, aujourd’hui, quasiment plus que par ordres et aboiements agressifs. C’est plus l’égalité qu’elles réclament, c’est la guerre ! Chiennes soûlantes au franc-parler stérile.

« Baise-moi » m’avait laissée dubitative, « Les chiennes savantes » avait achevé d’endormir ma curiosité, il a fallu sa lettre ouverte adressée à Jospin pour que je relise Despentes, un bon paquet d’années plus tard. Narrativement, j’ai trouvé ce billet de qualité vraiment faiblarde, impulsivement puéril et même si nos convictions sont partagées, j’ai gardé en bouche un arrière petit goût de pathétique. Sa seconde récidive « Dur à avaler » n’est guère plus convaincante, toujours perdue entre vulgarité et méandres pubertaires, Despentes s’égare et finit par exaspérer.

Allez Virginie, baisse un peu le son et va ranger ta chambre !

@LilasGoldo

Tattoo faux.

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Avant, c’était quand même autre chose que du pipi de schtroumpf.

J’ai du sang salé qui coule dans mes veines, une histoire familiale que le sel des vagues a longtemps léchée, rongée, un passé hanté d’aïeules qui toute leur vie, ont attendu, ont continué de mettre une assiette supplémentaire sur la table pour l’absent, pour l’homme parti en mer qui ne reviendra plus. Du sang âpre et tulmutueux, du sang de marins-pêcheurs. Mon arrière grand-père fut le dernier de cette lignée de sombres héros de la mer et même si notre rencontre fut des plus furtives, il a marqué ma petite enfance. Un très vieil homme, assis sur une petite chaise, tout occupé au ramendage de ses filets de pêche. Je me souviens de son regard perçant, de son visage salement malmené par les vents sans pitié du grand large, de ses mains gigantesques, presque monstrueuses et des chansons qu’il fredonnait en catalan. Et je me souviens plus encore, des tatouages qui recouvraient ses bras. J’étais petite, encore toute tendre, et ces bleus sur sa peau me fascinaient tout en m’effrayant à la fois. Il faut dire que l’homme en lui-même était déjà un personnage impressionnant, plein de contrastes quelque peu déstabilisants ; rude au coeur précieux, il était connu dans toute la région pour sa capacité à pouvoir soulever des rails de chemin de fer à la seule force de sa machoire et il me fabriquait, de ses mains de pirate, des délicats petits trains avec des boîtes d’oeufs vides. Et ses tatouages étaient à cette image là, un mélange de violence, de corps martyrisé et de choses trop belles pour être dites qu’on se grave dans la peau. Il arborait fièrement sur l’avant-bras, presque toute sa vie : l’incontournable ancre de marine. Le reste, abondamment délavé par les coups de mer restait difficilement discernable. Son dos quant à lui, était presqu’entièrement recouvert par une fresque de vignes et des grappes de raisins ; son pays. Ma grand-mère m’avait raconté par la suite que ce tatouage, il l’avait fait un soir de beuverie, sur le coin d’un comptoir d’un tripot de marins et qu’il était toujours resté inachevé.

Rose Tattoo, y a un boa dans la vitrine et des cadavres de bouteilles sur le comptoir.

J’ai grandi, on a enterré mon arrière grand-père et ses trésors indélébiles et alors que j’étais encore outrageusement mineure, j’ai supplié mon père pour qu’il m’emmène chez le tatoueur. Je voulais une étoile. Oui je sais, c’est aujourd’hui d’une banalité affligeante mais à l’époque y en avait pas et c’était MON IDÉE ! Bordel. Le tatoueur, 150 kilos de muscles rugueux et une larme encrée au bord de l’oeil, m’a juste demandé abruptement : « une étoile ? Pourquoi une étoile ?? » Parce qu’une petite étoile, elle est capable de guider le marin dans la tempête.

Se faire tatouer le prénom de ses gosses, c’est un peu comme si on avait tourné Easy Rider en trottinette.

Aujourd’hui, on se fait tatouer comme on va chier un coup. A la chaîne, dans des salons aseptisés après avoir choisi son modèle sur catalogue. Longue et triste cohorte des tatouages vides, des tatouages qui ne veulent plus rien dire, ou le principe du désolant tattoo « fashion ». Un petit français pur beurre optera, sans sourciller, sans trop se poser de questions non plus, pour un tribal géant dans le dos, pendant qu’un autre, les couilles grosses comme des noisettes et parfaitement à jeun commettra l’acte fou de graver à jamais sur sa peau, le nom de son gamin. (ça peut pas t’demander le divorce, un môme.) Quand je vois toute cette flopée de petits sigles japonais et autres dégueulasseries baveuses dans l’même genre, j’en arrive à regretter le mauvais goût des trois points, Mort aux Vaches. Les crèmes anesthésiantes et les gants en latex ont remplacé le goudron et les aiguilles rouillées. Le tatouage n’est plus une histoire de tripes, juste de fric. Il a perdu en cours de route sa mauvaise réputation et son sympathique bonus « hépatite offerte ! » L’âme du tatouage agonise et des gars aussi foireux que Pascal Obispo ou M.Pokora (pour ne citer qu’eux) se chargent de l’achever à grands coups de talon métallique.

Ben oui, je sais bien bambino, c’est moche et c’est triste.

@LilasGoldo