Ce petit monde étrange qu’est Twitter

twitter goldo
Vu que je ne suis pas parisienne, j’ai très peu l’occasion de prendre le métro ; 3 ou 4 fois par an maximum. Et quand je le prends, je ne me lasse pas de scruter l’usager. Épier le gens, j’adore ça tu sais et je le fais avec délectation, vierge de toute blasitude, j’ai toujours l’oeil curieux qui s’émoustille pour pas grand chose. L’autre jour, alors que je devais me rendre chez ma pote Peltoche, j’ai eu la grande joie d’emprunter la ligne qui va en direction de Belleville. J’avais un bout de chemin à faire, je me suis donc assise et j’ai commencé à zieuter l’alentour. J’ai très vite repéré dans un coin du wagon, un grand type d’une banalité indécente en train de pianoter compulsivement sur son téléphone. Ni laid, ni beau, la mine légèrement renfrognée, on peut dire que ce mec irradiait de platitude. « Tu vois, me suis-je dit, peut-être que ce gars tout gris a 15 000 followers peut-être que ce grand machin transparent est sur le point de balancer une punchline de la mort qui va défoncer la Twittosphère pendant 3 heures au moins. » Parce que Twitter c’est un peu ça, c’est le rutilant Panthéon des ombres anonymes.

Depuis 3 mois, j’ai un compte Twitter et depuis 3 mois, je vois le monde un peu différemment. C’est marrant hein ? Quand je me suis inscrite, j’ai tout de suite capté LA base de ce petit cosmos virtuel, LA règle d’or qui détermine d’office ton camp, celui des winners ou des losers : pour un minimum de Tweet cred’, tu te dois d’avoir impérativement plus d’abonnés que d’abonnements. Et plus l’écart entre les deux se creuse, plus la puissance de ton influence tend vers l’indéniable. En ce qui me concerne, je suis 33 « personnes » alors que seules 25 me suivent. Autant te dire que c’est la franche misère, que j’ai le désagréable et persistant sentiment d’avoir un peu raté ma vie. Enfin bon, j’essaye de ne pas trop y penser.
Je dois cependant reconnaître quelques avantages à cet état de fait ; mes 25 sont fidèles, je n’ai pas encore eu à subir le traumatisme d’un cinglant unfollowage et grâce au petit nombre, mon étude de chacun n’en est que plus attentive et minutieuse. J’aimerai ici noter, mes grandes et premières impressions sur ce petit monde étrange qu’est Twitter, les marquer avant qu’elles ne m’imprègnent et que je ne les oublie.

Twitter, petit rocher monégasque du web. Ambiance luxe, calme et volupté. Rien à voir avec l’autre franchouillard de Facebook.
La meuf y est pétillante et incroyablement libérée, le mec drôle et charismatique. Et tout ce petit monde vaque à ses occupations dans une relative bonne humeur. Attention hein, je ne dis pas que TOUT n’y est que futilité et légèreté, mais un peu quand même. Le twitto lambda est propre sur lui et bien peigné, un petit peu snobinard sur les bords, il s’exprime plutôt bien et exerce des jobs dans la publicité, la communication, le journalisme ou l’audiovisuel. Je n’ai encore jamais croisé de twitto chauffeur de bus par exemple. Pas encore du moins. Y a bien quelques chômeurs par-ci, par-là, mais ça ne ruisselle pas la précarité. Ça tweete et ça retweete paisiblement, ça se dragouille gentiment et chacun promotionne son blog ou son Tumblr à qui mieux mieux, là-d’dans. Je me rends compte que finalement, les seules qui ont encore la rage au clavier, qui foutent un peu le boxon dans le bocal, ce sont les féministes. (hasta la paridad siempre !)

Sur Twitter, on évite de s’épancher sur la viscosité de ses pertes blanches ou sur les dernières facéties de sa petite nièce Nono. Tout reste assez superficiel, anecdotique. Juste de l’instantané saisi au vol que le « 140 caractères », imperturbable sentinelle, t’empêchera de creuser quoi qu’il en soit. D’accord. Mais de quoi y cause t-on alors ? Petit tour des principaux sujets de conversation :
– La pluie et le beau temps. Et à chaque phénomène météorologique d’envergure, sa palanquée de photos instagramées. La neige y est, non sans espièglerie, comparée à de la cocaïne (rhoo les coquinous) pendant que les twitteuses se plaindront des premières chaleurs qui les font méchamment suer de la face dans les transports en commun. (sans photo cette fois.)
– La tévé-poubelle (la vie). C’est drôle de constater que le twitto qu’on imagine pourtant jeune dynamique à la vie trépidante, passe tous ses samedi soirs devant The Voice.
– La bouffe. J’ai pris 2 kilos depuis que je suis sur Twitter. No comment.
– La politique / les actualités sont suivies de près et massivement commentées. La Twittosphère se divise en 2 hémisphères : la droite, la gauche et le moindre faux pas y est lynché sans appel, descendu en flèche. Que dis-je, mitraillé à la kalachnikov, plutôt. Les têtes de turc favorites du moment sont, au coude à coude pour la place number one, Boutin et Morano et pas un jour ne passe sans que leur nom ne soit cité. Je m’interroge souvent à ce sujet, un tel niveau de bêtise crasse mérite t-il vraiment autant d’attention ?

J’ai gardé pour la fin, l’impression qui m’a le plus grandement interpellée : Twitter serait-il une petite dictature de l’humour ? Sarcasme, ironie et cynisme sont légion chez l’oiseau bleu et ce, jusqu’à l’overdose. Je ne suis ordinairement pas la dernière lorsqu’il s’agit de se fendre la poire mais là, c’est de la compèt’ de Ligue 1, du high level de fou-furieux et j’en frôle l’écoeurement. Le monde actuel est-il à ce point morose qu’il faille impérativement s’enrober d’humour noir pour pouvoir le regarder en face, sans sombrer dans le désespoir ? Et LA question qui me taraude : ils sont où dans la vraie vie, tous ces gens si drôles qui foisonnent sur Twitter ? Une chose est sûre déjà : pas dans mon bureau de quiches aux fions crispés.

0LilasGoldo

J’irai jouer sur vos tombes.

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Dans nos existences fabriquées de toutes pièces, il y a des heures qui ne mentent jamais, les heures tendres ou âpres de l’enfance.
Ciment de nos fondations, elles ne finissent jamais de couler dans nos veines, d’abreuver nos peurs, nos doutes ou nos confiances, nos certitudes.
Elles sont le terreau de l’adulte en devenir.
Des croûtes qu’on garde à vie sur les genoux.

Nous avons été élevées, mes sœurs et moi, avec beaucoup de laxisme et encore plus d’amour par une mère qui nous a appris très tôt que les fleurs souffraient quand on leur arrachait la tête. qui nous laissait aller à l’école en tutu de danse, qui dessinait sur nos coudes écorchés des soleils au Mercurochrome et nous nous endormions tous les soirs en l’écoutant nous raconter Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson.
Notre environnement était doux et on n’entendait presque pas les fracas du vrai monde.
Cela fut-il suffisant pour nous constituer des racines assez vigoureuses pour affronter les tempêtes à venir ?
J’ai envie de répondre affirmativement.
L’amour maternel malgré les maladresses et les faiblesses qui l’accompagnent inévitablement, reste le meilleur des engrais.

Je me souviens avec beaucoup d’émotion mais aussi une pique d’ironie maintenant que je suis « grande », d’une chose que nous faisions souvent les jours de pluie : nous nous installions toutes autour de la table de la cuisine, ma mère – qui dessine admirablement bien – prenait un feutre, une feuille et suivant nos instructions minutieuses, nous dessinait, nous, adultes dans la vie que nous rêvions d’avoir.
« Alors moi, tu me dessines avec mon mari, mes deux enfants et mon chien. On est au supermarché. J’ai des chaussures à talons et les cheveux raides. »
Je précise qu’à cette époque, nous vivions plutôt pauvrement et n’allions JAMAIS au supermarché. Ce lieu de toutes les abondances restait un pur fantasme pour nous.
Je précise aussi que malgré toutes mes prières pour, je n’ai jamais eu les cheveux raides.
Ni le mari, ni les enfants d’ailleurs, maintenant que j’y pense.
Enfin toujours est-il que ces dessins, ces morceaux d’espoirs et de rêves enfantins, nous nous appliquions ensuite à les colorier sans déborder.
Bien sûr que c’est pas ça la vraie vie, bien sûr que les atterrissages furent ensuite parfois brutaux mais ces esquisses n’en restent pas moins des souvenirs douillets où se réfugier quand les cieux se déchaînent.

Et puis ma mère s’employait tout de même aussi à nous mettre en garde contre les aléas de la vie.
A sa façon certes, toujours un peu étrange, décalée, aérée.
« Mes chéries, je crois que vos poupées ont fait des bêtises pendant que vous étiez à l’école ! »
On connaissait ce jeu par cœur mais c’est le palpitant tout affolé qu’on se précipitait dans notre chambre pour y découvrir une poupée dangereusement penchée à la fenêtre, une autre faisant des cabrioles insensées sur l’échelle du lit superposé et une dernière tranquillement installée, les doigts dans la prise électrique. On prenait alors cette voix un peu trop aiguë que prennent toutes les petites filles qui imitent les mamans « Oh Mon Dieu ! T’as failli mourir télékrocutée ! » et les fessées tombaient énergiquement.
Ces missions de sauvetage me procuraient un sentiment de grandeur que je n’ai jamais réussi à retrouver par la suite.
J’imagine souvent cet improbable échange :
« – Et vous Goldo, qu’avez-vous fait de votre vie ?
– J’ai sauvé ma poupée de l’électrocution. Et plusieurs fois ! »
Je ne sais pas si on mérite le paradis pour ça.

Mais le plus curieux des rituels de mon enfance reste quand même nos visites régulières au cimetière du village.
Nous nous y rendions, mes sœurs et moi, toujours très pomponnées – robe de fée, rouge à lèvre et sac à main – mais ne vous méprenez pas, nous ne venions nullement pour la gaudriole, la tâche était des plus sérieuses et nous l’exécutions avec beaucoup de solennité.
La visite commençait invariablement par la tombe familiale, la tombe de Papa Gé et Mama Nine, mes arrière-grands-parents, que nous nous attachions chaque fois à redécorer avec ardeur, à coup de dessins scotchés à même le marbre, de coquillages ou de jolis cailloux.
Un jour, j’ai même poussé la dévotion jusqu’à y coller un autocollant Panini – que je trouvais fort beau – et alors que je me délectais du résultat, pas peu fière de mon initiative, le curé qui nous surveillait toujours d’un œil suspicieux, est arrivé en courant et en hurlant « On n’est pas dans un campement de romanichels ici ! »
Vieux con, va.
Je ne savais même pas ce que ça voulait dire « romanichels »
Commençait ensuite l’éprouvante tâche de l’arrosage. Éprouvante car on ne se contentait pas d’arroser que nos tombes mais le cimetière tout entier, sans discrimination.
Les vents sont secs et le soleil brulant, le vieil évier en pierre crachote pingrement son eau et les bidons de lessive recyclés en arrosoirs sont lourds mais tout le monde aura sa salvatrice et fraîche lampée et même les fleurs en plastique ne seront pas négligées.
Épuisées et trempées, nous terminions alors avec une dernière tâche et pas des moindres : le juste partage des richesses.
Fortement imprégnées des valeurs humanistes inculquées par notre mère, nous n’avions pas manqué de remarquer que certaines tombes croulaient sous les bibelots, fleurs et moult marques d’affection alors que d’autres, laissées à l’abandon, étaient d’un vide désolant qui nous crevait le cœur.
Nous nous devions de remédier impérativement à cet injuste état de fait et nous nous attelions alors à une redistribution impartiale de tous ces biens décoratifs. (ce qui ne devait pas manquer de rendre fou de rage le curé…)

J’adorais tous ces bibelots mortuaires comme des petits jouets beaux et précieux.
Un, tout particulièrement, suscitait mon admiration la plus vive, une couronne en forme de cœur, ornée de mille perles violettes avec écrit à l’intérieur, en grandes lettres argentées « A ma mère adorée »
Je m’étais empressée de la montrer à ma mère et lui avais balancé avec cette désinvolte candeur propre qu’aux enfants, « Je t’achèterai la même quand tu seras morte ! »
J’avais 6 ans et demi, j’étais encore immunisée contre la souciance.

« Le temps est assassin et emporte avec lui
Les rires des enfants et les mistral-gagnants. »
Renaud.
[A mes sœurs, co-gardiennes des jours heureux.]

Polyamour mon cul !

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Quand ces neuneus de journaleux découvrent le polyamour, ils se mettent tous à frétiller du popotin et c’est le stylo-bite en érection, le clavier qui s’exalte et la souris surexcitée, qu’ils s’attèlent alors à nous servir des plâtrées de bouillie grumeleuse : « Et si le polyamour était l’avenir du couple ? » titre absurdement Slute.fr, « Et si j’essayais le polyamour ? » s’interroge, toujours dans la question existentielle à deux balles, Psychogogole Magazine pendant que Cosmopolithon nous assène un aussi ferme que niaiseux « Le polyamour, c’est bon pour le moral »
Et tous de se sentir délicieusement subversifs, incroyablement novateurs et surtout très satisfaits de leur connerie.
Comme si polyaimer n’était qu’une question de bonne volonté, comme si savoir l’être aimé dans le lit d’un(e) autre pouvait se gérer cérébralement, froidement en omettant le cri des tripes et des boyaux, comme si nos cœurs, ces grands chevaux sauvages et indomptables faits pour galoper dans les steppes infinies, n’étaient que des petits poneys dociles trottinant dans un manège sombre et moisi.
C’est ça oui, nos équidés cardiaques n’attendent que les instructions dictées par ces stupides torche-culs pour se mettre à frémir.
Aimer n’est pas une tendance ELLE mais une impulsion.
Et si polyamour il doit y avoir, ça ne peut qu’être le fruit d’une collision fortuite.
L’amour est un jeu de hasard et je suis convaincue que lorsqu’il y a une volonté, une planification « Demain j’essaye le polyamour » ce n’est plus tout à fait de l’amour.
Il n’est pas né encore celui qui parviendra à ordonner le tumulte de nos sentiments.
Il n’est pas né non plus, celui qui saura me convaincre du bienfait des amours multiples, celui qui saura raisonner mes instincts de propriété sentimentale, mes peurs et mes failles, et je persiste à croire que le concept « polyamour » vanté et vendu par les médias n’est qu’une vaste mascarade.
Mais encore ? Plus sincèrement ? Pourquoi cette mode m’énerve ?
Réponses comme elles viennent, en vrac.

« Polyamour » rien que le nom me file de l’urticaire.

Mot au passage, que mon correcteur orthographique s’obstine à souligner en rouge comme une trop flagrante incohérence. C’est quoi ce truc inventé de toutes pièces ?
« – Bon les gens, la polygamie, c’est mal et interdit par la loi, le libertinage, c’est trop beauf, il faut qu’on trouve un autre nom et si possible, avec un peu d’amour dedans, parce qu’avec un peu d’amour, ça passe toujours mieux !
– Hmm… Les partouz-cœurs ?
– Non non, ça sonne encore trop DSK !
– Polygamour ?
– Trop Kadhafi !
– Et si on enlevait le point G ? Polyamour ?
(Tous en chœur) : BANCO !! »
C’est purement personnel mais je trouve que ce terme a quelque chose de précieux-prétentieux, sue le désir qui ne s’assume pas totalement. Lèvres pincées, slibard en flammes.
Et à ces snobinards du cul, je préfère bien mieux la franchise du petit libertin camping-cariste du Cap d’Agde qui vit les pulsions de son slip avec sérénité.

Qui sont ces monstres de confiance tranquille ?

On touche là sans doute, une de mes cordes les plus électriques.
Est-ce ma fâcheuse propension à voir la bite mi-molle alors qu’elle est mi-dure ? Pour moi, aimer doublement, triplement, c’est plus prendre le risque de cumuler les emmerdes que le bonheur.
Qui sont ces gens sans peurs ni doutes qui peuvent prétendre polyaimer ou être polyaimés paisiblement, sans succomber à la jalousie ou la venimeuse comparaison ?
Qui sont ces cœurs présomptueux ?
Je regarde autour de moi et hormis quelques rares fanfarons qui fantasment tout haut, s’imaginant dans un jacuzzi entourés de trois bombes atomiques souples et bienveillantes, je ne vois personne, aucun ego suffisamment cuirassé pour pouvoir envisager la chose avec placidité.
Mon homme dans les bras d’une autre, juste d’y penser, j’ai mal au ventre, j’ai l’ego qui flanche et tremblote, les questions qui fusent et qui mordent ; est-ce qu’elle est plus drôle que moi ? Est-ce qu’elle a la peau aussi douce que la mienne ? Est-ce qu’à elle aussi, tu lui fais des papouilles au creux des poignets ? Est-ce qu’à elle aussi, tu dessines avec ton doigt des choses sur son dos qu’elle doit deviner ?
Si tu me dis oui, j’en crèverais.
Je peux comprendre un égarement sexuel mais amoureux, c’est juste inconcevable.
Je m’en cogne des sondages bidons, des études à la con qui jurent que « le polyamour, c’est bon pour le moral » j’écoute seulement les sommations de mes viscères : je ne veux pas partager, j’ai trop la dalle pour des demi-portions.
Et si j’ai peur comme ça, c’est aussi parce que je sais que si c’est moi qui m’en vais chercher des bouts d’amour ailleurs, c’est que tu ne me satisfais plus pleinement. Si je n’ai plus peur de te perdre, c’est que la tendresse et le confort du quotidien ont remplacé la fougue et la passion, c’est que l’admiration que j’ai pour toi se meurt, c’est qu’on devient sans doute un peu trop tièdes, un peu trop sages.
Le polyamour, c’est juste du Xanax contre l’ennui conjugal.

Si le cœur est élastique, le temps lui, ne l’est pas.

Et aimer correctement, c’est consacrer du temps à l’autre.
L’amour est une affaire bien trop sérieuse pour tolérer la dispersion.
Quand on fait les choses bien du moins.
Le polyamour reste à mes yeux, le parfait reflet d’une société vite blasée, l’insatisfaction chronique chevillée au cœur, lâche, elle préfère fuir vers des horizons neufs et bien plus attrayants que s’échiner à rendre son couple plus excitant. Toujours ce maudit choix de la facilité.
On n’aime plus, on like compulsivement.

« J’ai connu tant de femmes dans ma vie, que j’ai pour ainsi dire toujours été seul.
Trop, c’est personne. »
(Romain Gary)
[Pour C.S, tu sais pourquoi]

Les carpettes à foutre

En passant

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J’ai souvent évoqué ici le cas des féministes hysté-2_0 qui bien souvent confondent lutte pour les droits des femmes et haine de la bite, aujourd’hui il me plairait que nous causions de leur parfait contraire : les carpettes à foutre.
Filles, on a toutes en nous un peu de soumission à vocation copulative ; ces minauderies collantes de gloss pour attirer son attention à lui, cette volonté d’apprivoiser son slip, ce désir fou d’être aimées sauvagement sur le coin d’une commode d’entrée quand l’envie devient indomptable et toutes ces conneries qui font tourner le monde, qui font naître des pelletées de petits Killian et Mandy qui paieront nos retraites demain – Bien sûr, tu sais comme moi que 99% des baises ne sont pas à visée reproductive juste charnelle mais laisse-moi faire dans le bon gros clicheton pour mieux nous expliquer la nature humaine !
Par « soumission » j’entends la nécessité de se plier à certains codes ou rituels que l’on nomme plus communément « parade nuptiale » Et c’est justement là que se situe le cœur de notre sujet.
Cette parade nuptiale, certaines filles la pratiquent avec une ardeur, une dévotion qui dépassent tout entendement et ce sont précisément ces filles là que j’appelle les carpettes à foutre.
Où les trouver ? Comment les reconnaître ? Chercher à les comprendre.
Enquête exclusive dans les bas-fonds de la carpetterie foutreuse

Longtemps et aujourd’hui encore, je me suis demandée si les carpettes à foutre n’étaient pas juste une légende virtuelle. C’est qu’elles pullulent en nombre considérable sur les internets mais semblent bien plus discrètes in real life. J’ai voulu comprendre le pourquoi d’un tel fait et un fœtus d’explication m’est venu à l’esprit : il est bien plus facile d’enculer la bienséance, de niquer les conventions et de gentiment tromper son monde sur le web que dans une vie faite de chair et d’os. Instagram et Photoshop se chargent de rendre le dernier des laiderons attrayant, le pseudo les noie dans une masse anonyme et la (sur)confiance peut alors tapageusement s’installer. Il est bien plus aisé de s’enhardir dans son salon sur son MacBouque que devant son boss ou son boucher, pas vrai ?
Donc, judicieux travelling sur un décolleté généreusement mis en valeur ou une bouche gourmande, pseudonyme à forte connotation coquine et langue chaudement pendue, Miss Carpette est dans la place, prête à faire du ravage dans tous les calbars de l’interweb.
Et tombent par milliers les innocentes queues dans l’habile manœuvre ! – Ben oui, c’est un peu con-con une queue, surtout quand elle a faim –

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(On notera que le compte Exhibelle est très probablement à but lucratif mais cela n’empêche pas les queues d’y répondre avec un enthousiasme totalement déroutant.)

Anyway, revenons à nos biquettes.
Je tiens ici à souligner une précision qui a toute son importance : Les carpettes à foutre ne sont pas des filles qui aiment le sexe – la chose n’a rien de répréhensible, loin s’en faut – mais des filles qui ont compris que les garçons aimaient les filles qui aiment le sexe. Tu la saisis bien l’irritante nuance ?
Et ces filles complètement obnubilées par l’attention du mâle vont tout mettre en œuvre pour représenter l’archétype du fantasme masculin.
Elles s’appliquent donc à manifester bruyamment un amour démesuré pour la bite, tweetent des grotesqueries comme « Putain les mecs, 3 jours que j’ai pas vu la couleur d’une bite ! #LaDalle » ce qui reste pour l’esprit avisé d’une absurdité sans nom dans la mesure où chacun sait qu’il n’est pas bien compliqué pour une fille à peu près potable et pas trop regardante sur la marchandise de se dégoter une bonne âme charitable qui daigne asperger son incendie fessier. Suffit de sortir de sa piaule. Et ce qui nous amène également au triste constat suivant : la carpette à foutre est soit un monstre à 5 pattes, soit une imposture.

Non contentes d’user du trash-talking en abondance et d’afficher une sexualité faussement décomplexée, ces délurées virtuelles, toujours à la poursuite de cet idéal féminin façonné par les hommes, travaillent aussi avec le plus grand soin leur image de fille cool. Elles aiment le foot, la bière et les jeux vidéo, rient de bon cœur sans jamais s’offenser aux blagues sexistes et convaincues d’être bien au dessus de cette mêlée rose et sirupeuse que sont les femmes, elles méprisent haut et fort tout ce qui ressemble de près ou de loin à un cupcake, un blog beauté ou un Voici. Et c’est là que le mot « carpette » prend tout son sens.
Amoureuse jusqu’au mimétisme des stéréotypes couillus, persuadée d’avoir trouvé la voie de l’émancipation en parlant et en réagissant comme des bonhommes, la carpette à foutre ne fait preuve de rien d’autre qu’un manque affligeant de personnalité qui frôle bien souvent le ridicule. (c’est comme ça qu’on se retrouve avec des blogs aux revendications aussi pathétiques que « Je suis une meuf et je mange du Raifort » ou encore « Je suis une meuf et je jure comme un charretier » etc #Mourir)

Mais pourquoi, pourquoi un tel comportement ?
Je n’en sais rien en vrai. Sans doute un complexe d’œdipe boîteusement réglé, un manque de confiance en soi qui leur laisse croire que la seule chose intéressante en elles, c’est leur vagin docile . Et sans aucun doute aussi, un besoin désespéré d’amour, d’affection et de reconnaissance.
Meufs « normales » même si la mascarade des carpettes à foutre est pour nous, non dupes, source d’intenses irritations, accordons leur notre miséricorde.
Puisqu’on est bonnes.
Sans surenchère.
Sans tralala.

@LilasGoldo
170 cm
52 kilos
90C

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Ces mecs dont toutes les filles tombent amoureuses.

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Suite au joli papier d’Octave_perry « Ces filles dont les garçons tombent amoureux » , on nous a réclamé à cor et à cri ( « Et la parité, bordel ?! » ) son équivalent masculin.
Belle poire – quand c’est demandé très gentiment – je m’y colle de bonne grâce.

A bien y réfléchir, il existe des gars dont toutes les filles tombent amoureuses (GTA). Ah non pas GTA, ça l’fait pas, ça l’fait pas du tout. Le truc qui me dessèche en deux secondes chrono. On recommence :
A bien y réfléchir, il existe des mecs dont toutes les filles tombent amoureuses (MTA). C’est une espèce (trop) rare et bien sûr souvent prise. Quand parfois, par miracle, on a la chance d’en choper un, on prie alors notre dieu qui n’existe pas pour qu’il reste le plus longtemps possible entre nos cuisses au bras de notre âme fragile. Et bien évidemment, on finit malheureuses, à pleurer haut et fort ce mec si génial qui s’est lassé de notre hystérie permanente, partant se réfugier dans l’amour ronronnant d’une connasse à gros seins. Alors on retourne inexorablement vers ces autres garçons que l’on aime un peu moins mais qui ont l’avantage du nombre et de la disponibilité. Et on aimerait leur faire comprendre que se faire larguer systématiquement au bout de 3 mois n’est pas une fatalité puisqu’au fond c’est pas bien compliqué de devenir un MTA. Description.

Le MTA n’est pas forcément beau, il a surtout une attitude.

Halte tout de suite à l’hypocrisie ! Je ne vais pas nous parler de beauté intérieure, de ce garçon immonde mais néanmoins si brave, non non, je veux juste évoquer les cas d’un contenu qui peut faire irradier son contenant, d’un charisme qui peut joliment déborder sur un nez cabossé, d’une personnalité tant séduisante qu’elle en redresse (trompeusement) votre scoliose. Ce qui vous remplit, vous et votre bedaine naissante, ce qui vous anime, ce que vous êtes au plus profond de vous, voilà ce qui façonne une attitude. Et cela nous intéresse. Plutôt fortement. Un peu de désinvolture, beaucoup de passion et de sincérité. Mauvais garçon au cœur tendre, musicos écorché, intello enthousiaste, peu importe au final le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Et un beau minet creux, c’est comme une bouteille de Moët & Chandon vide ; ça pétille pas, c’est triste et on s’ennuie.
Soyons cash pour conclure, la clef de voûte d’une attitude réussie, c’est la confiance en soi.

Le MTA a l’humour décapant ET parcimonieux.

Parce que bien sûr, on aime quand vous nous faîtes rire, on adore les apartés sarcastiques que vous pouvez nous glisser au creux de l’oreille au milieu d’une foule mondaine – apartés qui nous donnent l’impression d’une complicité toute singulière – mais il faut que vous sachiez user de cet humour avec modération. A la quantité, privilégiez toujours la qualité, la pertinence. « Femme qui rit, à moitié dans ton lit » certes mais femme excédé par ta potacherie envahissante choisira plutôt le lit de ta chambre d’amis. Le mec qui passe sa vie à rire de tout excessivement, incapable d’un instant de sérieux, c’est pénible, très pénible à la longue. Le gars qui abuse d’un cynisme exacerbé ou de blagues relous cache bien souvent un ego altéré non compatible avec la fameuse « attitude » décrite plus haut.

Le MTA est rassurant.

Inutile d’être gaulé comme une armoire normande pour exsuder des effluves sécurisants. Du MTA émane une force tranquille naturelle. Ses gestes sont fluides, sa voix posée, son allure tranquillement déliée. Il sait trouver les mots réconfortants lorsque l’on est en proie à la panique, au stress ou à la peur. Il sait désamorcer une situation tendue avec humour ou finesse. Il a l’épaule douce et solide. On appelle ça la maturité, il me semble.

Le MTA est dégourdi.

Vous savez quand le printemps arrive et que la saison des barbecues entre potes est déclarée ouverte, alors que tout le monde s’active à dresser la table, couper les tomates ou préparer les brochettes, il y en a toujours un, planté au beau milieu du passage, les bras ballants, la volonté d’aider fuyante … Et si vous lui pressez le nez, du lait maternel en jaillira. Pitié, ne soyez jamais celui-là ! Ne soyez jamais cet empoté mal dégrossi !
A l’inverse du boulet, le MTA est autonome, sait se rendre utile, prendre les situations en main. Il est tout à fait apte à vivre seul dans un intérieur correct sans courir midi et soir se sustenter chez sa mère.
A 3 heures du matin, au retour, main dans la main, d’une soûlerie inopinée, le MTA saura se lancer avec aisance dans la confection d’une bonne plâtrée de bolognaise par exemple. Un homme au fourneau, c’est foutrement sexy et nous donne des envies furieuses de vous culbuter sur la table de la cuisine, sachez-le.

Le MTA assume la part de féminité qui sommeille en lui.

Non pas en enfilant nos culottes en dentelle les nuits de pleine lune – je tiens à bien préciser que je ne suis pas du tout sensible à ce genre de visuel – ni en acquiesçant docilement, sans répartie aucune à tout ce que l’on peut dire mais en ayant suffisamment confiance en sa virilité pour ne pas s’obliger à des récalcitrances primaires. Il peut feuilleter un magazine féminin sans se sentir atteint au plus profond de ses couilles, il peut nous accompagner voir le dernier Woody Allen sans avoir l’impression de salement rogner son capital testostérone, il sait écouter avec un intérêt non feint quelques unes de nos conversations entre copines sans invariablement tirer une tronche de basset-hound martyrisé.

@LilasGoldo

Plaidoyer pour une bitch.

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Dans un sud aride et rugueux, perdu entre une route nationale et une voie ferrée, il existe un vieil établissement qui permet le repos aux valeureux routiers. Rien de bien pimpant tu sais, juste un parking où le vent soulève la poussière et fait claquer des cordes à linge qui ploient sous les torchons, trois poubelles qui dégueulent tranquillement sous un soleil de plomb et une bâtisse, guère plus reluisante, où se trouve une grande salle jonchée de tables poisseuses et bancales et des ventilos qui tournent sans relâche pour tenter d’éparpiller les mouches et l’air brûlant. Au fond, en se penchant un peu, on peut apercevoir, sous la lumière crue des néons, une cuisine souffreteuse et un long couloir sombre qui mène vers une poignée de chambres aux draps plus que douteux. Le temps s’y est arrêté, dans ma mémoire du moins, à cette heure bâtarde qui n’est plus vraiment la fin d’après-midi, ni encore le début de soirée, à cette heure sournoise où l’ennui te colle à la peau avec des vieux relents amers.

Un train passe.

C’est dans cet endroit charmant qu’officie Jenny Bitch. Elle y astique le comptoir mais pas queue, y sert aussi les menus du jour et les pintes de bière, prête une oreille bienveillante au vague à l’âme du camionneur. Jenny Bitch, petite perle de pacotille, abîme ses 20 ans et s’applique à rater sa vie dans ce no woman’s land.

Elle est mignonnette cette Jenny Bitch, même si elle déborde allègrement dans la vulgarité, même si elle parle un peu trop fort. On en connait tous des comme elle, le coeur taille 90D et le soutif qui implore à l’aide, le rouge à lèvre agressif et le rire qui n’en finit plus de glousser stupidement. Fille facile, qu’ils disent, sans vouloir comprendre qu’elle ne tapine rien d’autre qu’un peu d’amour et d’attention. Ils l’aimeront, oui, brutalement sur le capot d’une vieille Clio avant de reprendre la route en la laissant les cuisses visqueuses, un peu sonnée. Elle clame à qui veut l’entendre qu’elle est libre et affranchie, jure que c’est elle qui mène la danse. Je n’en suis pas vraiment convaincue. Après avoir remis un peu d’ordre dans ses chiffons Pimkie, elle s’allumera une cigarette sur le parking désert, les yeux rivés sur des horizons qui peinent à s’éclaircir, des horizons qui parlent d’un homme qui s’endort dans ses bras, de bébé et de cuisine Mobalpa. Jenny Bitch prise au piège d’une fausse frivolité et de sa mini-jupe.

Un train passe.

Y a pourtant bien un petit gars qui pourrait faire l’affaire, un petit gars qui a mal au bide, qui a besoin d’amour et qui vient s’user les coudes et le foie au comptoir presque tous les soirs. Mais dans ce trou paumé, il semblerait que dieu bédave de la moquette pas fraîche et que le hasard soit tire-aux-flanc. Les étoiles filantes, laissées à l’abandon, s’imbibent de mauvaise vinasse et les trajectoires devenues trop chaotiques pour pouvoir se percuter convenablement, ne font que se frôler sans jamais s’accrocher.

Je crois qu’on a tous en nous, un peu de Jenny Bitch. Cette difficulté à foutre son coeur à poil, ce mal à se comprendre, se faire comprendre, cette peur d’aimer sans retenue, ces maladresses et ces mots qui n’viennent pas. Dans ce monde sec aux coins pointus, pensant se protéger, on érige des barrières qui ne seront rien d’autre que les murs de nos solitudes. Les robes sont peut-être légères et les culottes badines, il n’en demeure pas moins que les vrais sentiments restent englués dans la pudeur. C’est chiant hein ? Allez hop, on fait passer un train.

@LilasGoldo

Mon cœur mon amour, encore un peu de cyanure ?

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« Pourtant chacun tue ce qu’il aime »

Par un chaud début d’après-midi estival, alors que nous étions une bruyante tablée, entre café et pastèques, Valérie, 42 ans,  s’adressant à son mari, Alain, 48 ans : « Allez mon grand, on y va, je vais te mettre à la sieste ! » Et crois-moi, ça sentait pas vraiment, la sieste crapuleuse. Juste un flagrant délit de maternage abusif. Un de plus. Alain, qui s’était déjà fait priver de café arrosé, sans broncher mot, quelques instants auparavant,  s’est levé docilement pour suivre sa maternal-girl. Alain est un homme mort depuis longtemps testostéronnement parlant. Cette bien triste anecdote m’a fortement marquée. J’ai alors commencé à regarder, avec une attention toute particulière, les couples et leurs fonctionnements autour de moi. Et comme je suis une fille joyeusement désabusée, je me suis appliquée à n’en retenir que les naufrages, les silences qui pèsent trois tonnes, l’érosion du désir, l’insidieux ennui qui gangrène les cœurs. Trop de questions se livrent  à une bataille sans trêve, en mon for intérieur : Pourquoi faut-il que, presque toujours, le temps rogne les chairs tendres de l’amour ? Qui sont ces carcasses, qui vont deux par deux, plus ou moins atteintes d’ostéoporose ? A qui sont ces lits où l’envie s’effrite ? Et surtout, SURTOUT : pourquoi persiste-t-on à vouloir vivre en couple ?

Paul & Violette.

Ils se sont amourachés, un soir de printemps, lors d’une fête étudiante, sombre et enfumée, sur fond de musique  qui raye les tympans. C’est toujours un peu étrange d’imaginer que, deux petits êtres qui n’ont pas même eu l’audace d’être franchement vilains, juste d’une banalité qui frise la transparence,  puissent, mutuellement, se REPÉRER. Elle a vu ET kiffé cette grande tranche de melon maladroite. Il a remarqué ET aimé cette petite bonne femme resplendissante de pas grand-chose. Bref, au milieu de la foule, leurs regards se sont croisés et, instantanément, à l’unisson, leurs cœurs se sont mis à battre.

Marteau-picoeur.

Abordage.

Jambes-Parkinson.

Mains moites et hésitantes.

Déglutition pénible.

Conversation quelque peu poussive.

Et là, incroyable découverte : ils sont tous les deux de signes astrologiques marins !! Paul est blobfish ascendant nounours. Violette est thon ascendante mante religieuse. Coïncidence…? [ACHTUNG ! L’état amoureux a, allègrement, tendance à faire proliférer ces coïncidences totalement tirées par le chignon. Ndlr.] Aidées par l‘alcool, les langues se sont déliées en de très sportifs galochages et, c’est emmêlés comme des tagliatelles qu’ils ont fini par quitter la soirée. Si seulement ces flammes, qui lèchent l’intérieur de tes cuisses, excitant le feu de tes entrailles, pouvaient durer toujours. Le lendemain, c’est des étoiles plein les cheveux, qu’ils ont décidé de ne plus jamais se séparer, de se METTRE EN MÉNAGE. [Là, y a Luc du 23-34, qui tient à la ramener : Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font, dit-il, d’un air absolument désespéré.]

Entre une virée chez IKEA et des culbutes aussi impromptues qu’urgentes, un été chaud et orageux s’est installé. Électricité dans l’air. Comme tout être, un minimum civilisé, (doux clin d’œil à mes sœurs, en passant)  Paul et Violette possèdent, chacun, un compte Facebook. Et aussi improbable que cela puisse paraître, Monsieur a réussi à se persuader que toute bite passant dans les parages ne peut avoir d’autre ambition que celle de sauter son ½ cageot, pendant que Madame se tricote une jalousie des plus virulentes en lorgnant les photos de Petite Loutre du 31. Afin d’apaiser toutes ces tensions, la création d’un compte commun et unique (ou « compte-siamois ») est unanimement décidée : « PépèreEtPitchoune Grokiff » is born. Mais ce que les tourtereaux ignorent, c’est que le ver sournois a déjà commencé son sinistre travail à l’intérieur de leur petite pomme d’amour.

Après la fusion et l’osmose, voici venu le temps de la perpétuelle et usante confrontation. Repas du soir ou choix du programme télé, la moindre futilité est prétexte à des affrontements sans répit. Et le tout, bien souvent, sous l’œil embarrassé d’un entourage qu’ils n’hésitent pas à prendre en otage . « Dis-lui que c’est MOI qui ai raison, dis-lui ! » Le malaise fait rage. Ne subsiste plus que, faiblement, leur passion commune : Brico Dépôt, le samedi après-midi.

En septembre, l’indifférence se ramasse à la pelle. Aux guéguerres se succède la lassitude. (chienne fidèle) Paul et Violette sont au restaurant; ils fêtent leurs noces de PQ et vivent ce tête à tête comme une véritable corvée ponctuée de vide. Ils réussissent l’exploit fou, d’un repas tout entier sans décrocher un mot, sans un regard, sans une main qui se perd sous la table. Inutile de préciser, qu’ils sont aux frontières de la tragédie grecque. Ils se sont laissés engloutir par le quotidien et, en amour, le train-train est une pute corrosive. Les nuits sont redevenues à but réparateur et les réveils sont sans surprise. Violette vit la lunette des chiottes relevée, comme une véritable provocation. Paul vit la culotte de Violette, qui traîne dans la salle de bain, comme une tentative de viol de son intimité. C’est officiel : ils ne peuvent plus se sacquer.

Par un frileux petit matin où l’hiver avait neigé tout son mépris, la minuscule étincelle d’admiration qui vivotait encore dans les yeux de Violette s’est subitement court-circuitée. Pendant qu’au même instant, Paul se faisait cette surprenante remarque : « Tiens, Violette a la fesse molle. » Parce que le temps salaud est le meilleur remède contre la cataracte du cœur. Les histoires d’amour finissent mal, en général.

@LilasGoldo